l'audace de Jade et la façon dont elle avait toujours tenu tête à tout le
monde. Elle-même n'avait jamais eu cette fibre rebelle. Ou alors, on la lui
avait extirpée très tôt...
Elle soupira en songeant aux circonstances qui, alors qu'elle avait sept
ans, avaient bouleversé sa vie. Son père était mort d'un cancer deux ans
plus tôt, et sa mère l'avait suivi dans la tombe peu après. Encore petite
fille, Ava s'était retrouvée à la charge de Byron, à l'époque où l'entreprise
familiale périclitait et l'obligeait à travailler presque vingt-quatre heures
sur vingt-quatre. Deux ans plus tard, il avait épousé Irene Campbell.
Selon la rumeur, ce mariage n'avait dans l'esprit de Byron qu'un intérêt
financier. Il avait en effet espéré une fusion entre Whitmore et Campbell,
mais le sort — ou plutôt, le vieux Stewart Campbell — en avait décidé
autrement. Stewart avait en effet légué son entreprise à sa seconde
femme, Adèle. Cette dernière, détestant Irene, avait favorisé ses propres
enfants. Celeste et Damian. Enfin de compte, ce mariage de raison n'avait
rien apporté d'autre aux Whitmore que la douce Irene...
Un sourire ironique flotta un court instant sur les lèvres d'Ava. Douce,
Irene ne l'avait été qu'avec son mari, dont elle avait été frénétiquement
amoureuse. Il était son prince, son dieu, sa raison de vivre. En sa
présence, elle cessait d'être l'hydre effroyable qui habitait Belleview pour
se faire charmante, suave, attentive.
Oui, Jade avait raison. C'était sans nul doute à Irene qu'elle devait son
manque de confiance en elle. Insidieusement, sa belle- sœur avait déversé
son fiel, l'adoucissant de sourires et de clins d' œil faussement complices.
Jade avait résisté, mais Ava s'était flétrie, cherchant un refuge dans la
nourriture et dans un monde imaginaire. Pis que tout, elle avait laissé
Irene convaincre Byron qu'elle n'était qu'une bonne à rien qui serait sans
doute à sa charge jusqu'à la fin de ses jours. Byron s'était si bien laissé