s'installa devant le canapé pour attendre 9 heures. Le portail était déjà

ouvert et elle ne se sentait guère d'humeur à s'atteler à une quelconque

tâche ménagère. De toute façon, il n'y avait presque rien à faire.

Sauf...

En hâte, elle se dirigea vers la cuisine et prit la craie pour écrire sur le

tableau de Melanie « A LLER CHERCHER LE SMOKING DE B YRON AU PRESSING »

en lettres majuscules. Voilà ! Au moins, cette fois, elle ne risquait pas

d'oublier !

Elle était sur le point de retourner dans le salon lorsqu'elle entendit un

bruit de roues sur le gravier de l'allée. La pendule de la cuisine indiquait

8 h 59. M. Morelli était décidément un homme ponctuel. Ou alors, il tenait

à faire bonne impression dès le premier jour.

Ava cessa bien vite de réfléchir aux motivations de ce monsieur pour

tenter de dompter les soubresauts nerveux de son estomac, et les envolées

érotico-romantiques de son esprit. Et si M. Morelli ne ressemblait pas à ce

qu'elle s'était imaginé ? Après tout, il était peut-être petit, chauve et

ventripotent !

Non, rectifia-t-elle aussitôt, avec une lucidité dont elle fut la première

surprise. Car si cela avait été le cas, sa mère n'aurait pas répondu ainsi au

téléphone. Vincente Morelli était bel et bien un séducteur. Elle se le

représentait déjà : grand, les cheveux noirs et bouclés, un sourire

dédaigneux sur ses lèvres d'une sensualité cruelle. Elle connaissait bien ce

genre de bourreau des cœurs qui peuplait les films qu'elle avait vus au

cours des dernières années, ces romances en noir et blanc où de ténébreux

héros en costume du xvin 1 siècle emmenaient des princesses effarouchées

dans de somptueux palais.

La sonnette résonna dans la maison, la tirant de ses rêveries aussi

sûrement qu'une douche glacée. Oh, Seigneur...