— Vous n'aviez pas exagéré la taille de vos pelouses, enchaîna - t-il, après
avoir promené un regard rapide autour de lui. Bon, je ferais bien de m'y
mettre. Le travail ne va pas se faire tout seul. Je frapperai lorsque j'aurai
fini.
Puis, après lui avoir adressé un nouveau sourire, il tourna les talons et se
dirigea vers le petit van garé sous l'orme de la maison.
— Monsieur Morelli ! lança Ava.
Il se tourna vers elle, et elle crut apercevoir une lueur de méfiance dans
son regard.
— Oui?
— II... Il faudra que je parte en fin de matinée. Mais je devrais être de
retour avant midi. Voulez-vous que je vous paie maintenant, au cas où
vous finiriez plus tôt que prévu ?
— Pas question. De toute façon, je ne sais même pas encore combien cela
vous coûtera. Et ça vous ennuierait de m'appeler Vince ? Monsieur
Morelli, c'était mon père.
— Vince, répéta-t-elle, même si elle préférait la sonorité romantique de
Vincente, comme sa mère l'avait appelé la veille.
C'était un nom fort, viril, sensuel. Tout comme lui.
— Vous... vous n'avez plus votre père ? demanda-t-elle pour le retenir
quelques instants encore, et étudier plus à loisir son torse puissant, moulé
dans un T-shirt blanc.
— Non, répondit-il avec une certaine réticence. Il est mort il y a huit ans.
C'était un homme bien. Il me manque.
Comme il n'enchaînait pas avec d'autres questions sur sa propre famille,
Ava comprit qu'il avait hâte de se mettre au travail. Vincente Morelli
n'était évidemment pas venu faire la conversation.