Précautionneusement, et sans paraître rien remarquer de son malaise,
Vince monta l'escalier de marbre. Son aisance apparente rassura quelque
peu Ava sur le fait qu'elle n'était peut-être pas, après tout, aussi grosse
qu'elle voulait bien le croire. Même s'il était évident qu'elle avait quelques
kilos de trop. Rien de ce que pourrait dire Vince à cet égard ne la per-
suaderait du contraire !
— Où est votre chambre exactement ? demanda-t-il lorsqu'ils parvinrent
sur le palier.
— La dernière porte à droite.
A sa surprise, il la soutint d'un bras seulement tandis qu'il ouvrait et
poussait la porte.
— Déposez-moi sur ce divan, suggéra-t-elle.
Il s'exécuta, et la posa avec un soupir presque imperceptible. Ava comprit
que l'effort qu'il avait fourni était plus important qu'il voulait bien le faire
croire, et elle s'en sentit terriblement mortifiée.
C'est alors qu'une détermination soudaine s'empara d'elle. Elle devait
réagir et se débarrasser de ses kilos superflus. Et tonifier tout son corps
pour retrouver sa silhouette d'autrefois. La salle de gymnastique de
Byron, au sous-sol, rassemblait tous les instruments dont elle pourrait
avoir besoin. Ce n'était qu'une affaire de courage. Dès le lendemain, elle
s'y mettrait ! La transformation allait être spectaculaire ! Et c'était pour
elle qu'elle s'attellerait à une telle tâche, décida-t-elle dans le même
temps. Pas pour les autres, pas même pour Vince. Pour elle. Elle ne
voulait plus se sentir de nouveau misérable comme en cet instant. Elle ne
voulait plus être l'objet de la compassion et de la pitié d'autrui.
— Ne vous en faites pas, je vais déjà mieux, dit-elle d'une voix mal
assurée. Je vais aller chercher le désinfectant moi-même. Merci beaucoup
de votre aide, Vince. Vous pouvez retourner tondre.