5.

Un mélange de bon sens et de cynisme vint au secours d'Ava lorsque Vince

quitta la chambre. Ce n'était pas de l'amour, se dit-elle sévèrement. Juste

une attirance d'autant plus violente qu'elle puisait dans des années de

désespoir et de frustration. Car Vince, non content d'être l'incarnation de

don Juan et Casanova réunis, était également le premier homme à se

montrer gentil avec elle depuis des années. Voilà pourquoi elle se croyait

amoureuse de lui. Son accident avait, de plus, éveillé la fibre

chevaleresque du bel Italien, ce qui ne le rendait que plus irrésistible.

Mais elle devait se garder de s'imaginer quoi que ce soit d'autre. Il lui

faudrait s'éveiller comme d'un rêve de ces quelques moments merveilleux,

et revenir à la réalité. Il lui appartenait de faire que l'atterrissage ne soit

pas trop brutal, en tenant fermement les rênes de son imagination.

Elle eut un léger choc lorsque Vince revint. Il avait pris dans ses tiroirs un

T-shirt noir qu'elle n'avait jamais mis parce qu'il était trop grand mais

qui, sur lui, paraissait près du corps.

— Ça vous convient ? demanda-t-il en lui tendant une chemise striée de

rayures blanches et noires, qu'Ava adorait parce qu'elle la faisait paraître

plus mince.

— Oui, très bien. Est-ce que vous pourriez... vous tourner pendant que je

me change ?

— Bien sûr.

Ava crut déceler une lueur d'amusement dans son regard, mais il se

tourna presque aussitôt. Il ne devait pas souvent rencontrer de femmes

qui lui demandaient de ne pas regarder. De fait, elle-même aurait bien

aimé lui montrer son corps si elle en avait été fière...