Fébrilement, elle entreprit de déboutonner son chemisier. Sa maladresse
ne fit qu'ajouter à sa nervosité. Il n'y avait pourtant rien de compliqué
dans le fait de se changer ! Son regard volait fréquemment vers Vince, de
peur qu'il ne se retournât avant qu'elle eût fini. Mais il continua de lui
montrer son dos tout en se dirigeant vers les tableaux posés contre le mur.
— Ça vous dérange si je jette un œil à ça ? lança -t-il sans se retourner.
— Pas du tout. Mais aucun n'est fini, et ce n'est pas très bon.
Sans un mot, il prit la première toile et la retourna pour l'examiner. Il fit
de même avec les autres, qu'il aligna toutes le long du mur en une sorte de
longue frise dont la seule vue fit rougir Ava.
— Je vous avais dit que ce n'était pas très bon, marmonna - t-elle,
embarrassée par son silence.
Il se retourna brusquement, au moment où elle fermait le dernier bouton
de son chemisier.
— Et qui vous a dit ça ? demanda-t-il farouchement. Non, laissez-moi
deviner... c'est ce cher vieux Byron, n'est-ce pas ?
— Non !
Elle s'en voulait, à présent, d'avoir donné à Vince une fausse idée de son
frère. Car même si ce dernier pouvait être pénible, il n'était jamais
délibérément cruel. C'était lui, de plus, qui l'avait encouragée à peindre en
affirmant qu'elle avait du talent. Ce n'était tout de même pas la faute de
Byron si elle ne le croyait pas !
— Mon frère a toujours aimé ma peinture.
— Qui, alors ? Qui a pu se montrer assez ignorant — ou assez stupide —
pour vous critiquer au point que vous n'avez pas osé finir une seule de ces
merveilles ?
— Vous trouvez que ce sont des merveilles ?