Fronçant les sourcils, Vince la dévisagea d'un air intrigué.

— Vous pensez vraiment que cette toile est ratée ?

— Oui.

— Et les autres aussi ?

— Celles-là sont encore pires ! confirma Ava, méprisante.

— Dans ce cas, pourquoi ne pas vous en être débarrassée ? Pourquoi

garder une collection aussi bigarrée d'œuvres que vous considérez comme

des croûtes ? Toute personne dotée d'un peu de bon sens les aurait jetées.

A moins qu'elles ne servent à vous rappeler que vous êtes nulle et dénuée

de talent ?

Son ironie fit bondir Ava du canapé.

— J'ai du talent ! rétorqua-t-elle, furieuse qu'il eût réussi à lui extorquer

cette confession, furieuse aussi de devoir admettre qu'Irene avait détruit

son peu de confiance en elle.

— Oui, vous avez du talent ! reprit Vince. Quel est votre problème, Ava

Whitmore ? Comment avez-vous pu croire la personne qui vous a dit le

contraire ? Etes-vous stupide ou simplement lâche ?

Ava se laissa retomber sur le canapé, sonnée par la véhémence de Vince.

L'accès de colère qui l'avait fait se lever se dissipait à présent pour laisser

place à un profond abattement.

— Les deux, murmura-t-elle, enfouissant son visage dans ses mains.

Mais aucune larme ne vint. Elle était au-delà des larmes. Au-delà de tout.

Elle avait raté sa vie.

— Allez-vous-en, gémit-elle. S'il vous plaît...

Elle entendit Vince marmonner ce qui semblait être un juron. La seconde

d'après, il s'agenouillait près d'elle, lui écartait les mains du visage et la

forçait à le regarder.