Elle raccrocha avant qu'il pût répondre. Bien qu'elle tremblât de tous ses
membres, Ava était fière d'elle. Enfin, elle s'était rebiffée contre quelqu'un
! Et avec panache !
Ce coup de fil, cependant, ne faisait que renforcer son inquiétude pour
l'avenir de Gemma. Mais elle n'eut pas le loisir d'y réfléchir très
longtemps, car le téléphone sonna une seconde fois. Elle y répondit
presque distraitement.
— Allô ?
— Est- ce là le « allô » d’ une artiste prometteuse et confiante en l'avenir ?
demanda une voix bourrue.
— Vince !
— En personne. Comment va votre tête, ce matin ?
L'espace d'un instant, Ava fut tentée de mentir pour éveiller sa
compassion et entendre des paroles de réconfort. Mais son naturel
foncièrement honnête l'en empêcha.
— Je vais bien, soupira-t-elle.
— Vous êtes sûre ? Vous ne dites pas ça pour me faire plaisir ?
— Non, je ne dis pas ça pour vous faire plaisir, répondit-elle en riant.
— Dans ce cas, pourquoi n'êtes-vous pas dans votre atelier en train de
travailler ?
— Vous êtes un véritable esclavagiste !
— On ne réussit pas dans la vie en restant les fesses sur une chaise ! Au
travail, Ava. Quand je viendrai, demain soir, je veux que vous ayez fini au
moins ma peinture. Vous savez de laquelle je parle. Je voudrais l'acheter.
— L'acheter ?
— C'est fait pour ça, non ?
— Je... je n'y avais pas vraiment pensé... Oui, je suppose.