A midi, elle était assise devant son chevalet, à contempler la toile de

Vince. Un peu de ciel manquait dans un coin, et rien d'autre. Mais toutes

les fois qu'elle approchait son pinceau de la toile, sa main se mettait à

trembler. C'était à peine croyable !

Elle n'eut finalement d'autre choix que de reposer son pinceau et de

déclarer forfait. Nul doute que Vince serait furieux, mais mieux valait ne

pas achever le tableau que de tout gâcher. Peut-être souffrait-elle d'une

crise aiguë de confiance en elle.

Peut-être était- elle trop nerveuse à l'idée de montrer son œuvre à

Giuseppe. Après tout, un véritable professionnel y trouverait certainement

des défauts que Vince était incapable de discerner. A moins que ce ne fût

tout simplement la perspective de revoir le bel Italien encore une fois, fût-

elle la dernière. Car, après cela, il n'aurait aucune raison de la fréquenter.

Un homme tel que lui n'avait que faire d'une femme comme elle.

Elle repensa aux vêtements et aux bijoux qu'elle s'était achetés la veille :

un tailleur de soie couleur bronze, dont la coupe flattait sa silhouette,

boucles d'oreilles dorées et assorties aux boutons de la veste, des

chaussures à talons plus hauts qu'à l'ordinaire. Presque toute sa pension

du mois y était passée, mais cela en valait la peine. Au moins se sentirait-

elle présentable lorsque Vince passerait, après la visite de Giuseppe...

« Ma pauvre Ava, songea-t- elle soudain, le cœur palpitant. Dans quel

guêpier es-tu allée te fourrer ? »

A 19 h 30, une Ava tout apprêtée, maquillée et parfumée patientait

nerveusement dans un fauteuil du salon, tous les sens aux aguets. Son

regard distrait se posait de temps à autre sur la télévision, tandis qu'elle

guettait un bruit de pneus sur le gravier de l'allée. Elle avait délibérément