baissé le son du poste pour l'entendre plus facilement, mais les minutes
s'écoulaient dans un silence désespérant. L'horloge du salon les égrenait
avec son tic-tac lancinant, attisant ses doutes et ses craintes. Et s'il avait
changé d'avis ? Non, il aurait sans doute eu la courtoisie de téléphoner.
Etait-il simplement en retard ? Se pouvait-il que...
Le
crissement
caractéristique
d'une
voiture
qui
s'arrêtait
la
fit
littéralement bondir de son siège. Elle se précipita vers l'entrée, puis
s'arrêta net en atteignant un espace dallé de marbre. La perspective de
déraper et de glisser sur les fesses jusqu'à la porte la remplissait
d'horreur. Mais ce fut le spectacle de son visage rouge d'excitation, dans
un miroir fixé face à elle, qui la fit se ressaisir.
« Reprends-toi, idiote. Où est passée ta fierté ? Puisque Vince est assez
gentil pour venir une seconde fois, le moins que tu puisses faire est de
l'accueillir dignement, en maîtresse de maison et pas en adolescente
énamourée ! »
Elle fit donc de son mieux pour arborer une mine sereine, et avait juste eu
le temps de reprendre sa respiration lorsque la sonnette se fit entendre.
D'un geste qu'elle espérait enjoué et décontracté à la fois, elle ouvrit la
porte.
— Désolé d'être en retard, grommela Vince, le visage sombre. J'ai eu un
petit problème avec ma voiture, ce qui fait que j'ai du prendre l'un des
camions.
Il entra, et d'un geste, désigna l'utilitaire cabossé stationné devant la
maison.
— Cette saleté est tombée en panne d'essence sur la Pacific Highway. Je
vais tuer celui de mes frères qui est responsable de ça. Je parie qu'il s'agit
de Marco. Cet imbécile a dû emprunter le camion pour sortir avec l'une de