— Dites-moi, reprit-il d'un ton égal, y a-t-il quelque chose que je devrais

savoir à propos de ce soir ? J'ai comme l'impression qu'il y a quelque chose

que j'ignore.

— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?

— Je ne suis pas très sûr... Mais il doit y avoir une raison au fait que vous

vous soyez infligée un tel supplice...

Ava le regarda droit dans les yeux, luttant pour ne pas fondre en larmes.

« Oh, Vince, vous ne comprenez donc pas ? Je vous aime. Je voulais que

vous soyez fier de moi... »

L'aveu silencieux de ses sentiments pour Vince la déstabilisa si

profondément qu'elle vacilla un peu. Son compagnon la fixa avec un

mélange d'étonnement et de perplexité qui l'incita cependant à se

ressaisir. Après avoir inspiré profondément, elle s'entendit répondre d'une

voix posée :

— J'en avais peut-être assez de la façon dont ma famille me percevait. Et

plus important encore, assez de la façon dont je me percevais. Arrive un

temps où l'on doit cesser de s'en prendre aux autres. Irene n'a plus aucun

pouvoir sur ma vie. Et Giuseppe et vous m'avez redonné ma confiance en

moi. Vous avez donc sous les yeux la nouvelle Ava, bien décidée à obtenir

de la vie tout ce qu'elle en exigera. J'espère bien ne pas devenir l'une de

ces garces que vous détestez, mais je n'ai pas pour autant l'intention de me

laisser marcher sur les pieds. Et je suis désolée que vous ne me trouviez

pas à votre goût.

Vince eut un rire bref, et un rictus sardónique étira un coin de ses lèvres.

— Pas à mon goût... Bon sang, Ava, vous dites n'importe quoi, parfois.

Vous avez toujours été à mon goût. Et vous le serez toujours. Vous ne le

sentez pas ?