— Tu sais très bien que j'en serai ravie ! s'exclama-t-elle, sans même

songer à se faire prier.

Vince ne parut pas le moins du monde gêné par une capitulation aussi

rapide. Une affection moqueuse jouait au contraire dans les profondeurs

de son regard.

— Où veux-tu aller ? demanda-t-il.

— Je m'en fiche. Où tu veux.

— Dans ce cas, nous pourrions aller dîner, puis au cinéma, puis revenir ici

?

Ava hésita, soudain paniquée. Qu'allait-elle dire à Byron ? « Que tu es une

femme de trente ans qui fait ce qu'elle veut ! » décida-t-elle brusquement.

Elle n'avait pas de comptes à rendre à son frère !

Ils bavardèrent de tout et de rien durant tout le trajet jusqu'à Belleview.

Le sujet le plus anodin, avec Vince, devenait passionnant, et Ava s'attacha

à graver ces instants dans sa mémoire, anticipant le jour où elle en serait

privée.

Enfin, Vince engagea la Mazda dans l'allée menant à la propriété. Ava eut

la surprise de trouver le portail ouvert, ce qui eut pour effet de provoquer

un regain de panique.

— Oh non, Byron doit être rentré !

— Ne t'en fais pas, dit fermement Vince. Je m'en occupe. Dans un

crissement de pneus, il s'arrêta devant le perron.

Presque aussitôt, la porte d'entrée s'ouvrit et Byron sortit, la mine

furieuse. Il n'était pas rasé, et portait le même costume désormais froissé

qu'à la soirée. Il avait ôté sa cravate, et ses cheveux en bataille

paraissaient plus gris qu'à l'accoutumée.