CHAPITRE XXIV
Soupçons réciproques

Eymerich descendit le couloir à bout de souffle. Heureusement pour lui, la salle principale de la forteresse était maintenant déserte. Les convives étaient peut-être descendus à Manfridia pour fêter, sinon une douteuse victoire, du moins une défaite évitée. À l’extérieur, quelques gardes armés le saluèrent. L’inquisiteur s’engagea dans le sentier qui conduisait à la chapelle.

Il dut s’arrêter plusieurs fois. Il avait des vertiges et mal aux pieds. Maudits soient les ravages du temps. Il réussit à grimper en s’agrippant à la rambarde et à se tracter à la force des bras. Il se demanda comment il allait faire en revenant à Gérone, une ville tout en dénivelés et montées abruptes. Mais il affronterait ce problème en temps voulu.

La chapelle présentait un portail élégant orienté plein sud, richement orné. L’intérieur était ogival avec deux voûtes à croisillons. La lumière ne pénétrait qu’à travers deux petites meurtrières laissant la pièce dans la pénombre et bien plus fraîche que l’extérieur. Une femme vêtue de noir était assise sur un unique banc face à l’autel. Eymerich la reconnut aussitôt.

— Je vois que vous n’êtes pas descendue en ville.

Eleonora d’Arborea se retourna en souriant, nullement surprise.

— Pour y faire quoi, magister ? Mieux vaut rester ici avec vous. J’étais sûre que nous allions nous rencontrer.

— Ah oui ?

Eymerich s’assit près d’elle, à l’autre extrémité du banc.

— Je ne pensais pas que ma compagnie pouvait plaire à quiconque, ma dame.

— Vous vous trompez. Je dois admettre qu’au début, je vous trouvais excessivement épineux. Mais depuis que nous sommes ici, vous vous comportez avec sagesse. Ce matin, face à la sarabande des Lestrygons, vous étiez la seule personne raisonnable et sûre d’elle. Les autres couraient en tous sens comme des fourmis.

— C’est qu’ils n’ont pas mon expérience, ma dame. C’est normal qu’ils aient peur de ce qu’ils ne connaissent pas.

Eleonora fronça ses épais sourcils, les yeux rieurs.

— C’est ce que je veux : un expert, qui ne se laisse pas surprendre et gagner par la panique. Capable de me servir de guide dans cette étrange aventure.

Eymerich trouvait qu’elle en demandait un peu trop.

— N’oubliez pas que je ne sais absolument pas ce qui nous attend, protesta Eymerich. Je ne sais que distinguer les fausses menaces, voilà tout.

— C’est déjà beaucoup. Vous êtes le seul à savoir le faire.

Eymerich eut soudain un étonnant soupçon. S’intéressait-elle à lui en tant qu’homme ? Certains excès de confiance pouvaient le laisser penser. Il y réfléchit un instant et écarta cette hypothèse. La différence d’âge et de condition était trop marquée. Il en conclut que ses tentatives de séduction avaient un autre but. Comme par exemple lui soutirer des informations… Il savait cependant peu de choses, mais ne manquait pas d’intuition.

Eymerich préféra changer de sujet ou en tout cas s’en écarter.

— Ma dame, je vous remercie pour votre marque d’amitié, mais je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine perplexité. La raison de votre présence en Sicile ne me paraît pas très claire. Vous ne l’avez encore jamais vraiment expliquée. Vous avez évoqué un mariage que vous vouliez éviter, mais l’argument est resté en suspens. Vous aviez auparavant parlé d’une menace qui pesait aussi bien sur votre île que sur celle-ci, explication qui ne se marie pas très bien avec la première : si vous êtes en fuite d’Oristano, qui vous a chargée d’une tâche aussi délicate ?

Eleonora afficha un air boudeur, mais ce ne fut qu’une ombre fugace sur son visage. Elle écarquilla les yeux.

— Faisons un pacte, père Nicolas. Je vous révèle ma vérité et vous me révélez la vôtre sur ce qui est en train de se passer.

— Je ne fais aucun pacte, et je n’ai aucune vérité à révéler.

— Eh bien alors, moi non plus.

Eymerich sentit monter en lui un flot de colère.

— Faites attention. La noblesse de votre sang, qu’elle soit ou non authentique, ne vous autorise pas à être récalcitrante face à un représentant de l’Église.

La cordialité n’avait pas complètement disparu des pupilles légèrement dilatées d’Eleonora, mais elle n’était plus aussi franche.

— Vous n’êtes pas mon confesseur et vous n’avez aucune autorité sur moi ou sur le Judicat de mon père. Ici, par ailleurs, je suis sous la protection des Chiaromonte, qui ne vous permettraient pas de toucher un seul de mes cheveux. Nous commerçons en blé et en or. Et comme vous avez pu le constater, cela les intéresse plus que toute autre crainte métaphysique.

Des phrases de ce genre étaient intolérables. Eymerich n’était pas habitué à être traité de cette manière. Il eut envie de la gifler mais fut stoppé par une des sorties déconcertantes dont Eleonora avait le secret. Elle lui sourit de nouveau.

— Allons, magister ! Je venais juste de vous faire des compliments pour votre sagesse retrouvée ! Vous n’allez tout de même pas laisser à nouveau parler vos instincts et vous abandonner au courroux !

Comme s’il n’y avait aucun problème, elle indiqua le mur qui faisait face à l’autel, sous une fenêtre aux bords effrités.

— Occupons-nous plutôt des choses sérieuses. Quels sont ces bruits qui viennent d’en dessous ?

Eymerich avait remarqué dans un coin de l’entrée un escalier en colimaçon qui descendait au sous-sol. Probablement vers le logement du sacristain. Il n’avait entendu aucun bruit, ou bien il en avait entendu trop : les sifflements du vent et les craquements des pierres, inévitables à cette altitude.

Il se redressa et se dirigea vers l’escalier, l’air inquiet. Il tendit l’oreille. Au milieu des sons ordinaires, on entendait en effet un sifflement léger, mesuré, en contrepoint de bruits sourds et irréguliers.

— Je ne descends pas sans lumière, dit l’inquisiteur.

Il avait encore à l’esprit les trois femmes au visage flou qui étaient apparues à côté de son lit. Il avait surmonté l’expérience sans en être trop affecté, mais il n’était pas pressé de la renouveler.

— Vous avez raison d’être prudent, répondit Eleonora. Il doit cependant y avoir un peu de lumière. Si c’est la chambre du gardien qui se trouve en bas, il est peu probable qu’elle soit dans l’obscurité totale.

Eymerich hésita encore un instant, fit le signe de la croix et commença à descendre. On entrevoyait en effet une lueur dès les premières marches. Une meurtrière laissait découvrir une partie des murs et le sol sableux d’une pièce cubique, pas très grande. Elle n’avait apparemment jamais été habitée. Il n’y avait ni meubles ni objets d’aucune sorte. Le sifflement s’intensifiait par intermittence. Impossible de comprendre d’où il venait. Les bruits sourds avaient cessé.

L’inquisiteur s’arrêta sur la dernière marche pour observer le réduit. Il n’y avait vraiment rien à voir. Il jeta un coup d’œil au plafond, totalement dépouillé. Il remarqua un gribouillis sur l’un des murs, comme une inscription indéchiffrable ou un signe conventionnel gravé par un maçon. Il voulut la voir de plus près.

Il posa un pied sur le sable et poussa un cri. Le sol n’offrait aucune résistance, ses pieds s’y enfonçaient. Puis le sable trembla et une partie du sol se mit à tournoyer sur elle-même de plus en plus vite. Le sifflement s’intensifia.

On aurait dit qu’un animal invisible en forme d’anneau était animé d’un violent mouvement circulaire sous la peau du sable. Des taches noirâtres exhalant une odeur de sang nauséabonde apparurent en surface. Affolé et immergé jusqu’aux mollets, Eymerich eut peur de tomber sur le monstre englouti. Il éprouva la plus grande peur de sa vie, peut-être même cria-t-il. Aussitôt après, il se sentit tiré par son manteau vers les hauteurs. Au même moment le sable et ses humeurs noires jaillirent dans toutes les directions. Un énorme trou aux contours irréguliers se matérialisa sous l’inscription. L’anneau se déroula et un être sombre, long et lisse, plongea à toute vitesse dans la cavité. Il pouvait s’agit d’un serpent aux dimensions énormes. Ou d’une anguille colossale recouverte de sang et de terre.

Cette vision ne dura qu’un instant. Le sifflement et les autres bruits étranges disparurent avec le monstre.

— Vous êtes lourd, magister ! Aidez-moi un peu !

Un peu sonné, Eymerich réalisa que c’était Eleonora qui le tirait par le manteau. Il se tortilla, libéra ses pieds et réussit enfin à les poser sur la première marche de l’escalier en colimaçon. Il s’agrippa à la rampe, le souffle court.

— N’ayez pas peur ! s’exclama la jeune femme. Il n’y a pas de raison. Vous êtes désormais en sécurité.

Au lieu de remercier Eleonora, l’inquisiteur lui adressa un regard froid et chargé de haine.

— Comment se fait-il que vous ne soyez aucunement affectée par ce que nous venons de voir ? Ce serpent ne vous a pas effrayée, semble-t-il ? Il vous était peut-être familier ?

— Le serpent ? Quel serpent ?

— Ne me dites pas que vous ne l’avez pas vu !

— Je ne sais pas de quoi vous parlez, répondit Eleonora d’Arborea, visiblement étonnée. J’ai eu très peur lorsque je me suis rendue compte que vous étiez en train de vous enfoncer dans ces… sables mouvants. Maintenant, il me semble que vous êtes en sécurité.

Eymerich la dévisagea un moment sans parler. Il haussa les épaules.

— Je veux bien vous croire. Remontons. Nous explorerons de nouveau cette pièce lorsque j’aurai trouvé comment me protéger.

Ils retournèrent dans la chapelle, mais l’inquisiteur ne s’y attarda pas.

— Là-dehors, il devrait y avoir un trou suffisamment grand, d’un bras au moins, voire deux, dit-il en sortant.

La bouffée de chaleur qui le fouetta, alors qu’il venait de passer du temps dans la pénombre, le fit vaciller. Il ne lui fallut pas longtemps pour s’assurer qu’il avait raison : un trou large et irrégulier qui crachait encore du sable s’ouvrait à la base du bâtiment. Le sable se confondait avec le gravier d’un chantier, plein de bois, de pierres, de briques, de piquets. Un petit labyrinthe qui se poursuivait dans les niveaux inférieurs, où les anfractuosités et les cavités étaient trop nombreuses pour qu’on puisse les explorer.

Eymerich eut un frémissement de satisfaction. Il chercha Eleonora qui se tenait à distance.

— Vous sentez cette odeur de sang ? Elle n’est pas tout à fait humaine.

— Je sens quelque chose, en effet…

L’inquisiteur n’avait pas besoin d’autres preuves. Il avait eu peur que ses sens ne l’eussent trompé pour la deuxième fois de la matinée, alors qu’il savait maintenant qu’il n’en était rien.

— C’est le sang de la bête ! s’exclama-t-il, presque joyeux. Elle est passée par là !

— Qui est passé par là ? demanda une voix faible mais aiguë. Et pourquoi règne-t-il une telle puanteur ?

La silhouette décharnée et bossue de maître Avakum apparut sur le sentier qui grimpait à la chapelle. Le précepteur, qui semblait avoir du mal à se tenir sur ses jambes, s’aidait d’un bâton. Son crâne au front dégarni était protégé par un grand chapeau noir sous lequel pendait une mèche grise et sale. Le couvre-chef était ridicule, agrémenté d’un ruban rose qui jurait avec la teinte du velours usé.

— Qu’est-ce que vous venez faire ici ? lui demanda Eymerich, sans essayer d’être sympathique ou cordial.

— Ce que vous faites probablement vous, magister. J’avais du temps libre et je suis monté prier.

— Vous n’êtes pas descendu en ville ?

— Non. Pour quoi faire ? D’ailleurs, les seigneurs Chiaromonte et leur suite sont déjà en train de revenir.

Avakum essuya la sueur qui coulait le long de ses joues, jusque dans son cou.

— Ils sont déjà au pied de la montée. Ils seront bientôt à la forteresse.

Eymerich avait espéré que l’odeur de sang noir, en l’absence de toute autre trace, lui permettrait de trouver le serpent. Mais la puanteur que dégageait le précepteur ruinait ses espoirs.

— Éloignez-vous ! lui hurla-t-il.

Peine perdue. Appuyé sur son bâton, Avakum continuait à son rythme, comme s’il n’avait rien entendu.

Eleonora, soucieuse d’éviter tout contact rapproché, le salua de la main.

— À plus tard, père Nicolas !

Malgré ses trente ans passés et sa robe encombrante, elle sauta en souplesse par-dessus les blocs de schiste non taillés entreposés sur le bord du chemin et disparut à sa vue.

Eymerich aurait dû trouver là une raison supplémentaire de la maudire, mais il avait d’autres soucis en tête. Il indiqua à Avakum un coin de muret bien éloigné de celui où il allait s’asseoir.

— Installez-vous là, dit-il d’un ton impérieux. Contentez-vous de respirer. Reposez-vous. Si vous parlez assez fort, on s’entendra parfaitement.

Le Serbe obéit et laissa tomber son bâton à ses pieds. Après avoir repris sa respiration, son visage aussi osseux qu’un squelette se fit rayonnant.

— Quel honneur, magister !

Sa voix était encore hachée et tremblante.

— Je ne pensais pas que vous m’accorderiez un entretien aussi vite ! J’ai bien fait de venir jusqu’ici.

— Inutile de crier de cette manière, je ne suis pas sourd. Maintenant dites-moi calmement pourquoi vous vouliez me parler en privé ?

— Pour partager avec vous certaines impressions et obtenir conseil.

— Je suis à votre disposition, grommela Eymerich. Parlez.

— Comme je vous le disais, magister, j’ai assisté ces derniers mois aux précédents débarquements des Lestrygons. Vous pouvez aisément imaginer que ce fut pour un vieil homme comme moi une expérience troublante…

— Un moment, l’interrompit l’inquisiteur. Pourquoi parlez-vous de « débarquement ». D’où tirez-vous cette expression ?

La question surprit Avakum.

— La réponse me paraît évidente. Les monstres sont transportés par des disques lumineux, comme s’il s’agissait d’embarcations capables de naviguer dans le ciel. Les disques arrivent en premier, aussitôt suivis par les Lestrygons, gigantesques et enragés.

— Vous avez vu de vos yeux une de ces créatures descendre de l’un de ces disques de lumière ?

— Non, mais la mécanique est toujours la même et ne laisse aucun doute. Les disques descendent en rafale et s’enterrent. Quelques instants plus tard, les monstres sortent des cavités qu’ils ont pratiquées. D’où viendraient-ils sinon des assiettes luminescentes ?

Eymerich réfléchit un instant.

— Je vous suis. Poursuivez.

Avakum ôta son chapeau et l’utilisa pour s’éventer. Le soleil était en train d’atteindre l’endroit où il était assis.

— Vous avez pu remarquer vous aussi certains de ces phénomènes. Les attaques ne laissent pratiquement aucune trace, comme s’ils cherchaient avant tout à intimider. Ils ne procurent en fait qu’un violent mal de tête. Certains défenseurs meurent en succombant à la panique et en se jetant dans le vide. Mais vous devez probablement ignorer ce qui se passe après, une fois l’attaque terminée et, en apparence, repoussée.

Les mains posées sur les genoux, Eymerich se pencha en avant et se fit plus attentif.

— Expliquez-vous mieux.

Au lieu de répondre directement, Avakum montra du doigt la chapelle qui se dressait derrière eux.

— Vous êtes déjà entré là-dedans. Vous êtes descendu voir la petite pièce à l’étage inférieur ?

— Oui. Pourquoi ?

— Vous avez donc remarqué les deux lettres grecques gravées sur le mur ?

— J’ai vu des graffitis, en effet, mais je n’ai pas pu les lire. Vous oui ?

— Oui. Il y a un oméga et un alpha. Ces caractères sont apparus juste après la première invasion… Je ne pourrais pas me rapprocher un peu ? se plaignit le précepteur. Je suis en train de cuire…

— Non. Restez où vous êtes, rétorqua Eymerich. Que peuvent bien signifier ces lettres ?

— Je n’en ai aucune idée. Je sais seulement qu’à la première apparition des disques, l’un d’eux chuta sur la chapelle et s’enfonça dans la porte d’entrée. On ne vit aucun Lestrygon et l’objet s’évanouit également. Avec pour seule trace de son passage l’alpha et l’oméga dont je vous ai parlé. En plus de… Bon sang… La voilà !

Eymerich regarda dans la direction qu’indiquait Avakum, mais il ne vit rien. Hormis quelques nuages au sommet d’une colline.

— Voilà quoi ? demanda-t-il agacé.

— La brume ! La brume ! Regardez, elle est en train de se former, comme les autres fois.

Avakum avait l’air soudain terrifié. Il chercha sa canne et se redressa d’un bond en vacillant. Il en perdit son chapeau.

— Je ne peux pas rester là ! Jésus, Marie, aidez-moi ! Je ne peux pas rester là ! Je ne tiendrai pas une troisième fois !

Il tremblait de la tête aux pieds.

Eymerich se leva à son tour, étonné et inquiet.

— Qu’est-ce qui vous arrive brusquement ? Tout est normal.

— Ah oui ? hurla le précepteur hystérique. Vous trouvez normal d’avoir de la brume en Sicile au début de l’été ?… Et cette puanteur ? Cette odeur fétide de cinabre !

— De quoi ? bredouilla Eymerich.

— De cinabre ! De sang de dragon !

Ce furent les derniers mots perceptibles d’Avakum avant qu’il ne s’enfuie en claudiquant vers le centre du château, utilisant sa canne comme une troisième jambe plus mobile que les autres. L’inquisiteur l’aurait suivi si un spectacle extraordinaire n’avait capté son attention. Les petits nuages s’étaient effilochés en filaments de brume. Ils se propagèrent partout, se multipliant et se condensant en volutes cotonneuses. Ils envahirent rapidement la vallée. Seul le sommet de Mussomeli restait exposé au soleil.

La mer de brouillard s’éleva rapidement, presque en écumant. Elle lécha les contreforts du château, s’infiltra dans ses ouvertures et dans les cavernes creusées par les ouvriers. Le tout dans un silence sépulcral.

Puis la brume se contracta, se fragmenta de nouveau pour reconstituer de petits nuages. Qui disparurent à leur tour.

Eymerich entendit vers le bas des rires et des musiques joyeuses. Hébété, il chercha des yeux l’entrée de la forteresse. Les Chiaromonte y pénétraient avec leur cortège de soldats et de courtisans.