Un petit garçon.
— Non.
Je retiens Franny par le bras. Elle doit se tromper.
— Peut-être que c’était une petite fille avec les cheveux courts… Les jeunes enfants peuvent avoir l’air…
— Certainement pas, rétorque-t-elle. Il portait un uniforme de Woodholme. C’est une école de garçons.
De quoi parle-t-elle ?
— Je croyais que vous les aviez vus un samedi. Pourquoi aurait-il porté un uniforme ?
Franny fronce les sourcils.
— Woodholme est une école privée. J’ai des amis qui y sont allés. Ils ont classe le samedi.
Je la lâche, submergée par la nausée. Mon cœur bat si vite que j’ai l’impression que je vais tomber. La camionnette n’est plus qu’une tache sombre et floue en marge de ma vision. Je vais vomir, j’en suis sûre.
Je ne comprends pas… ça n’a aucun sens… mon bébé est une petite fille…
Et puis un brouillard noir se répand devant mes yeux et je perds connaissance.
— Gen ? Gen, ça va ?
C’est la voix de Lorcan. Ses doigts écartent mes cheveux humides de mon visage mouillé. Le sol est froid sous moi, la pluie tombe à petites gouttes fines.
J’ouvre les yeux et rencontre son regard anxieux.
— Gen ?
— Je me suis trompée. Ce n’est pas Beth du tout, c’est un autre enfant.
— Quoi ? Que veux-tu dire ?
Je me redresse péniblement. J’ai mal à l’arrière de la tête, là où j’ai dû me cogner, et je me sens encore nauséeuse. Je me penche en avant, laissant le mal au cœur se dissiper. Je ne me suis évanouie qu’une seule fois dans ma vie – dans un bar, le soir de l’enterrement de ma vie de célibataire. J’avais à peine mangé durant les semaines qui avaient précédé le mariage et je n’avais pas pu tenir l’alcool. Hen avait pris soin de moi – insistant pour me ramener à la maison en taxi. Mon mariage avait eu lieu quelques jours plus tard. Hen était ma seule demoiselle d’honneur. C’est comme si cela s’était déroulé il y a une éternité.
J’expire lentement.
— Où sont Bob et la vendeuse ?
Lorcan me caresse le dos.
— Quand je t’ai vue tomber, je me suis précipité ici. Bob a appelé Franny, s’est dépêché de fermer la boutique et ils ont disparu à l’arrière.
Je le regarde.
— Je sais, grimace-t-il. Ce type n’a pas la conscience tranquille. Bon sang, tu es toute pâle. Tu n’es pas blessée ? Je vais t’aider à marcher.
Il me relève et me guide vers la voiture. Je m’assieds à l’intérieur, frissonnant dans mes vêtements détrempés. Lorcan tend la main et attrape une polaire sur la banquette arrière.
— Couvre-toi.
Je la drape autour de moi et me laisse aller contre l’appuie-tête.
— Comment ça, un autre enfant ? demande-t-il.
Je lui répète les propos de Franny.
— C’est un garçon. Ce n’est pas Beth. Pas ma Beth.
Je ferme les yeux, encore abasourdie par cette révélation. Dire que je croyais sincèrement être à deux doigts de découvrir ce qu’il était réellement arrivé à Beth. Maintenant, j’en suis aussi loin que jamais.
— Un garçon ?
— Art devait avoir quelqu’un depuis le début… avant même de me rencontrer. Une autre vie… une autre famille…
Sa duplicité me coupe le souffle. Mes pensées se reportent sur Hen. De tous mes amis, c’est elle qui connaît Art depuis le plus longtemps. Elle lui a parlé en secret, m’a caché certaines choses et elle a un fils de huit ans. Serait-il possible qu’elle mène une double vie avec Art et Nat ici ? Cela me paraît inimaginable et pourtant…
— Peut-être que c’est quelqu’un que je connais. Quelqu’un que je connais depuis longtemps.
— Non, Gen, c’est impossible. Réfléchis. Quand tu as rencontré Art, il était complètement focalisé sur son entreprise, non ? Même s’il a une autre famille maintenant, il n’avait certainement pas le temps avant.
— Dans ce cas, c’est l’enfant de cette femme et Art vient les voir tous les deux. Peut-être est-ce Charlotte West. Elle vit dans la région, après tout. Et elle a téléphoné à Art une quantité de fois. Bon sang, elle est même venue chez nous et il était fâché contre elle. Peut-être qu’ils étaient ensemble, qu’il a rompu et qu’elle le harcèle à présent.
Je me rends compte que je serre les poings et me force à les rouvrir.
Lorcan a l’air sceptique.
— Je ne sais pas, tout ça me semble compliqué. Si Art avait réellement quelqu’un, pourquoi resterait-il marié avec toi ?
— Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que l’enfant qu’il vient voir n’est pas Beth.
— Attends une seconde, dit Lorcan brusquement. Et si c’était Beth ? S’ils avaient tout inventé ?
— Inventé quoi ? On ne peut pas faire passer une petite fille pour un garçon jusqu’à l’âge de huit ans. D’abord, l’école le saurait et…
— Ce n’est pas ce que je veux dire.
Il passe une main dans ses cheveux humides.
— Supposons qu’ils aient menti en disant que ton enfant était une fille. Supposons que ton enfant soit un garçon ?
Je me remémore ma conversation avec Lucy O’Donnell. Elle a parlé de Beth, mais elle a dit aussi qu’elle avait découvert le nom du bébé en faisant des recherches à notre sujet sur Internet. Peut-être Mary n’a-t-elle jamais précisé s’il s’agissait d’un garçon ou d’une fille. Elle était mourante lorsqu’elle a fait ses confidences. Qu’avait-elle dit, exactement ? Je fouille ma mémoire pour m’en souvenir.
— Mais pourquoi mentir au sujet du sexe d’un enfant qu’on prétendait mort de toute façon ?
— Pour se protéger, explique Lorcan. C’est une précaution de plus… un obstacle supplémentaire qui vise à empêcher qu’on retrouve le bébé. Et l’enfant avec qui Art a été vu a le même âge qu’aurait Beth maintenant…
Je le dévisage, partagée entre l’espoir et la perplexité. La petite fille que j’ai perdue, la Beth de mes pensées, n’aurait jamais existé ? C’est inconcevable. Il y a huit ans que je me l’imagine, ma petite fille. Je me la suis représentée, j’ai porté son deuil, je l’ai même vue en rêve. Elle était si réelle pour moi. Et maintenant, on me dit que son existence même n’était qu’une illusion.
— Il faut qu’on aille à Woodholme School. J’ai besoin de voir ce petit garçon… de le voir de mes propres yeux.
Une demi-heure plus tard, nous sommes garés derrière un haut mur en brique, dont l’austérité est adoucie de part et d’autre par des bouquets de chênes. Une plaque en cuivre annonce : École de garçons de Woodholme : cours préparatoire au cours moyen.
De là où nous sommes assis, nous avons une vue dégagée sur une allée assez large qui mène à un imposant bâtiment en grès. Au loin résonnent des cris d’enfants en train de jouer. Deux cours sont séparées par une clôture grillagée. La première abrite un filet d’escalade, des statues d’animaux en métal peint éparpillés ici et là et un marronnier dans le coin. L’autre cour, plus grande et clairement destinée à des enfants plus âgés, n’est qu’un carré en béton, au-dessus duquel dépassent les branches d’un marronnier.
— Nous n’allons pas pouvoir rester très longtemps, Gen, si c’est ce que tu avais en tête. C’est trop risqué. Il y a forcément une bonne âme un peu trop curieuse qui va appeler la police pour les avertir que des gens rôdent autour d’une école.
— Je ne crois pas qu’on doive attendre beaucoup plus longtemps.
— Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
— Bob connaît Art, n’est-ce pas ?
— Je parierais que oui.
— Par conséquent, il va l’avertir et Art va envoyer quelqu’un chercher… cet enfant.
J’ai envie de dire « mon enfant » mais je ne peux toujours pas me faire à l’idée que le bébé dont je rêve depuis près de huit ans est peut-être un garçon. Tout ça me semble irréel. Je me force à être logique.
— Si Art apprend que nous sommes sur ses traces, il va agir. Il saura qu’il ne peut pas arriver à l’école avant nous, mais il voudra faire sortir cet enfant d’ici. À condition, bien sûr, qu’il fréquente vraiment cet établissement.
Nous restons silencieux pendant un long moment, à attendre. Plusieurs femmes nous croisent sur le trottoir. D’autres se garent. Soudain une sonnerie retentit – forte et stridente – à l’intérieur de l’école. Quelques secondes plus tard, une volée d’enfants surgit dans la cour. Alors que l’air s’emplit de leurs voix excitées, les femmes qui patientaient dans leurs voitures en descendent et franchissent le portail. D’autres apparaissent au coin de la rue, par paires ou en groupes, beaucoup tenant par la main des bambins bien habillés.
— L’armée des bonnes mamans, ironise Lorcan.
— C’est l’heure de la sortie, dis-je, la gorge nouée.
Ça n’aurait pas pu être pire. Comment reconnaître un enfant parmi toute cette foule ?
Des femmes nous dépassent en bavardant, certaines avec un landau ou une poussette. La plupart ont le même âge que moi ou un peu moins.
Nous descendons à notre tour. Mères, nounous et écoliers sortent petit à petit. Je parcours les lieux du regard, la mort dans l’âme. Si mon enfant est là, comment le saurai-je ? Je cherche une femme à l’air pressé… effrayé, furtif… mais toutes celles qui nous entourent semblent heureuses et détendues.
C’est sans espoir. Une crainte nouvelle m’envahit. Si Art sait que je suis ici et que ce garçon est notre bébé, il l’éloignera de cet endroit, de cette école et il faudra que je reparte de zéro. Je pense à mon agresseur et à sa menace : « Arrête de remuer ces vieilles histoires. » J’ai désobéi à ses ordres. J’ai continué à chercher.
Ma vie – et celle de Lorcan aussi, peut-être – est en danger. Et pourtant, j’ai besoin de trouver cet enfant. De savoir si c’est le mien. D’avoir des éléments concrets à présenter à la police.
Je regarde autour de moi, découragée. Les enfants sortent bruyamment de la cour des petits. Beaucoup d’entre eux portent à la main un chapeau en papier orné d’un ruban qui flotte dans la brise. Le soleil perce et certaines femmes s’abritent les yeux, éblouies. Mes yeux vont de l’une à l’autre. D’un garçon à l’autre. Chacun porte un sweat-shirt bleu clair portant l’inscription Woodholme par-dessus un long short bleu marine. Ils se ressemblent : presque tous blancs, le visage rond, la voix haut perchée.
D’autres groupes arrivent. Je ne peux pas observer tous les enfants attentivement. Je me concentre sur les cheveux. La plupart de ces enfants sont blonds… ou plus ou moins blonds… mais Art et moi avons les cheveux bruns. Notre fils serait-il brun aussi ? Je marche au milieu des écoliers, me retourne en balayant du regard les environs du portail, m’arrêtant sur chaque visage… chaque femme, chaque garçonnet brun.
Soudain, je le vois. Et toute ma vie bascule.
Il poursuit un camarade dans la cour de récréation, une expression intensément déterminée sur ses traits. Ses cheveux bruns sont coupés court sur la nuque et les côtés, mais tombent en frange soyeuse sur son front. Je fixe son visage – ses grands yeux sombres et sérieux, sa lèvre inférieure plus mince que l’autre – et c’est comme si la photo de mon père avait pris vie.
Cet enfant est mon fils. Sans aucun doute possible.
Lorcan suit mon regard. A-t-il remarqué la ressemblance, lui aussi ?
— Tu le vois ?
J’ai parlé dans un souffle.
— Il a le même teint qu’Art, observe-t-il, mais sa bouche ressemble à la tienne, je crois.
— C’est tout le portrait de mon père.
Une émotion indicible m’étreint. Voilà l’essence même de la vie : les gènes, le sang, la famille.
Une jeune femme se dirige vers le petit garçon. Mon petit garçon. Elle est jolie dans le genre rondelet, avec une coiffure courte et hérissée qui conviendrait à quelqu’un de mince, à l’ossature plus fine, mais qui semble incongrue au-dessus de son visage joufflu et de ses joues roses de fille de la campagne. Elle porte un survêtement rose bonbon trop tendu sur ses fesses. Est-ce pour elle qu’Art a volé notre bébé ?
Je fais un rapide calcul mental. Même si elle est un peu plus âgée qu’elle n’en a l’air, cette fille n’aurait pas pu avoir plus de seize ans lorsque notre bébé est né. Il n’est tout de même pas possible qu’Art ait eu une liaison avec quelqu’un d’aussi jeune ?
Je m’avance vers l’enfant. La petite femme gesticule dans sa direction, essayant visiblement de l’arracher à son jeu. En approchant, j’entends le timbre plaintif de sa voix, nasal et suraigu.
— Allez, viens, papa a dit de se dépêcher.
Il répond par un grognement irrité et se dérobe quand elle essaie de l’attraper. Il part en courant vers l’endroit où la cour rejoint l’allée. Je garde les yeux sur son visage. Il sourit à présent, surveillant la fille de loin tout en bavardant avec son compagnon de jeu. Ils pointent le doigt vers le marronnier à l’autre bout de la cour, s’apprêtant visiblement à entamer une nouvelle course.
Le sourire de l’enfant s’efface, sa bouche reprend un pli résolu. Alors qu’ils s’élancent, Lorcan se penche vers moi et murmure :
— Je vais essayer de faire parler cette fille. Va voir le petit. Vois ce que tu peux apprendre.
Je hoche la tête et me dirige vers les deux enfants qui font la course. Mon fils – comme ces mots me paraissent étranges – met tout son cœur dans l’épreuve. Son camarade a les jambes plus longues, mais, pendant quelques instants, il est devant lui… il va gagner. Je veux qu’il gagne. Et puis, il trébuche et s’étale de tout son long par terre.
L’autre garçon atteint le marronnier le premier et lance le poing en l’air.
— Je t’ai battu, Ed, espèce de nul !
Ed.
Je me hâte vers lui. Il se relève, le genou écorché – la peau à vif.
— Ça va ?
Il m’ignore. Ses lèvres sont pincées, comme s’il réprimait une envie de pleurer. Il a perdu son air déterminé. L’espace d’une seconde, je ne lis que la défaite dans ses yeux. Et la honte. J’ai vu cette expression-là par le passé. Un frisson me parcourt des pieds à la tête alors que les souvenirs me submergent – un homme pressant les paumes contre un pilier en pierre. Ces pierres guérissent les malades.
Ce n’est pas seulement une affaire de ressemblance physique. C’est comme si le fantôme de mon père avait traversé le visage du petit garçon.
Mon père. Mon fils.
Je jette un coup d’œil en arrière. Lorcan parle à la fille. J’ai l’impression qu’elle n’a pas vu Ed tomber. Elle désigne les grilles en expliquant quelque chose.
L’autre garçon détale et Ed lève la tête vers moi.
— Salut.
Je m’accroupis pour être à sa hauteur, dos au marronnier.
— Tu t’appelles Ed, n’est-ce pas ? Tu es courageux de ne pas avoir pleuré.
Il darde sur moi ses yeux marron, immenses et graves.
— J’ai trouvé que tu courais très bien. Tu es rapide.
— Je suis le plus rapide de ma classe.
Il dit cela comme un fait, pas pour se vanter. Il a la même façon de parler qu’Art. Mon cœur bat plus vite.
— Ça va ?
Le garçon fait la moue. Il se demande clairement s’il a le droit de discuter avec moi. Puis il promène son regard autour de lui, sur les mères, les enfants, le soleil, s’attardant un moment sur une brèche dans le grillage qui sépare les deux cours de récréation. Je retiens mon souffle, espérant qu’il se sente suffisamment à l’aise dans cet environnement familier pour ne pas appeler au secours.
Il finit par décider que oui.
— J’aurais gagné si je n’étais pas tombé, affirme-t-il.
— J’ai vu, oui… Tu t’appelles Ed comment ?
Il est aussitôt sur ses gardes.
— Je ne dois pas parler aux inconnus.
— Bien sûr.
La fille m’a repérée. Lorcan lui parle toujours, mais elle se dirige vers nous. Leurs voix me parviennent à présent – Lorcan dit que son fils vient d’entrer à l’école.
— C’est ta maman ?
J’ai les paumes moites.
— Non, répond-il en plissant le nez. Pas du tout, c’est juste Kelly. Elle me garde.
Eh bien, c’est déjà quelque chose. Au moins, la mystérieuse maîtresse d’Art n’est pas une enfant elle-même. Je passe de nouveau en revue les options possibles. Il y a Sandrine, bien sûr. Et Hen, encore que je voie mal comment. Charlotte West, mais elle est plus âgée que je ne l’aurais imaginé. Ou peut-être quelqu’un qu’Art a connu par le biais de son travail, comme Siena, sa secrétaire, ou Camilla à la réception. Ou la femme d’un autre client.
Ed m’observe.
— Où habites-tu ?
— Un peu loin, me dit-il gravement.
— Juste une dernière chose.
La voix de Lorcan est toute proche maintenant. Kelly est presque là. Je n’ai pas beaucoup de temps.
Ed m’observe. Je ne peux détacher mon regard de lui, je m’imprègne de son petit visage innocent et de ses yeux sombres, et mon cœur déborde d’émotion. Je sais que je devrais le laisser tranquille. Je connais son prénom et l’endroit où il va à l’école… je ne ferai que l’effrayer si j’essaie d’en savoir davantage… Lorcan ne peut plus détourner l’attention de la nounou plus longtemps… Je sors mon téléphone, priant pour qu’aucun adulte ne remarque ce que je suis en train de faire.
— Souris !
Ed fronce les sourcils. Je me hâte de prendre la photo.
— Merci.
Il me fixe sans rien dire. C’est mon enfant. Mon bébé. C’est comme si on venait d’appuyer sur un interrupteur dans mon cœur et je comprends maintenant combien mes rêves étaient vides et abstraits. Cet enfant devant moi est réel – un être de chair et d’os, un mélange du sang d’Art et du mien. L’amour m’étreint, m’enserre comme un poing. Il me retient prisonnière, aussi réel que l’enfant devant moi.
Un amour pour lequel je donnerais ma vie.
— Il faut qu’on rentre, Ed.
Kelly me dépasse d’un pas rapide, attrape l’enfant par le poignet. Elle me jette un coup d’œil au passage avant de l’entraîner, les yeux écarquillés d’horreur. Ainsi, tout comme Bob, elle sait qui je suis. On l’a mise en garde contre moi.
— Viens, Ed !
La panique me tord l’estomac. Connaître le nom d’Ed et son école ne suffit pas. Art pourrait l’emmener loin d’ici cet après-midi. Ils pourraient s’évanouir dans la nature, disparaître à jamais.
Le petit garçon se laisse emmener en grommelant. Kelly est pratiquement en train de courir à présent.
Je leur emboîte le pas.
— Il faut qu’on les suive.
Il y a foule autour des grilles et je les perds de vue plusieurs fois, mais Lorcan se fraie un chemin à travers les gens et quelques secondes plus tard, nous arrivons à la voiture.
Kelly et Ed sont visibles un peu plus loin. Ed semble se rebiffer contre la manière dont Kelly le tire. Au bout d’un moment, elle ouvre la portière d’un gros 4 × 4 et Ed s’engouffre à l’arrière.
Je baisse les yeux sur la photo que j’ai prise. Si son expression est celle d’Art, sa bouche et la courbe de son nez me rappellent indéniablement mon père.
Mon fils. Les mots se gravent dans mon esprit, prennent corps à mesure que je les pense. Mon fils.
Je l’ai trouvé. Il est hors de question que je le perde à nouveau.