Breton
Une des dédicaces auxquelles je tiens le plus, comme un talisman, est celle d'André Breton lors de la réédition des Manifestes du surréalisme (Pauvert, 1962) : « À Philippe Sollers, aimé des fées. » J'ai quelques lettres de Breton, mais elles ne pourront être publiées qu'en 2016. En attendant, on peut lire l'excellente biographie de l'Américain Mark Polizzoti3, surtout ce qui concerne la vie de Breton à New York pendant la guerre, et les difficultés qu'il a rencontrées en rentrant en France à la Libération, en plein stalinisme local.
On le considère alors, dit Polizzoti, comme un étranger, presque comme un lâche. On l'accuse d'être devenu « réactionnaire ». Les déclarations d'Éluard, à cette époque, sont consternantes. Et on n'ose pas croire à ce que raconte Polizzoti : « Les accusateurs staliniens de Breton comptent à présent dans leurs rangs certains de ses anciens amis. René Char, qui est apparu, au sortir de la guerre, comme l'un des poètes majeurs de la Résistance, refuse l'invitation qui lui est faite de rejoindre le surréalisme et confie, sur un ton mi-plaisant mi-sérieux, à un jeune collègue : “Vous savez, je crois qu'il faut fusiller Breton”. »
Humour, sans doute, mais quand même.
Le style de Breton ? Voici : « Assez de faiblesses, assez d'enfantillages, assez d'idées d'indignité, assez de torpeurs, assez de badauderie, assez de fleurs sur les tombes, assez d'instruction civique entre deux classes de gymnastique, assez de tolérance, assez de couleuvres ! »
De l'air frais, enfin.
28/11/1999