Hamlet
Au cinéma, désormais, Mel Gibson est Hamlet, et Gertrude, sa mère, est interprétée par Glenn Close. Le prince métaphysique brutalise sa splendide maman, et finit par l'embrasser rageusement sur la bouche. J'imagine Freud voyant cette scène : est-ce qu'elle ne va pas trop loin ? Glenn Close, on s'en souvient, était la merveilleuse marquise de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses, et Baudelaire, à la fin de sa vie, dans un projet de préface au chef-d'œuvre de Laclos, dit soudain : « La Révolution a été faite par des voluptueux. » Hamlet voluptueux ? Et comment ! Révolutionnaire ? De même. Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark, comme il y avait quelque chose de pourri à Thèbes. Œdipe et Hamlet sont des héros de la vérité, et il faut bien qu'elle soit dite de temps en temps, quel que soit le prix à payer. Notons que le poison, chez Shakespeare, est le signe de la traîtrise qui tue la mère et le fils, comme il a précédemment assassiné le père. Il y a eu un crime d'État, et ce crime devait rester dans l'ombre. L'injection létale est un comble de mensonge. Ce soir, à la télévision, Shakespeare est le plus actuel des poètes, il crève l'écran virtuel.
26/03/2000