Clergé
La drôlerie est sans doute à son comble quand un membre du clergé se plaint du clergé. Pour mettre cela en scène, Molière nous manque. Ainsi de Régis Debray : il se déclare excommunié et persécuté, c'est Mgr Gaillot médiologue, et bien entendu on se l'arrache, on le défend, on le pourfend un peu, pour rire, histoire d'alimenter le débat. Les journalistes sont-ils les descendants de l'Inquisition, ont-ils le pouvoir de martyriser un intellectuel hérétique ? Grave question. J'aperçois Debray interrogé par Giesbert à la télévision : sa petite moustache scintille, il a l'air fatigué, ravi, avec de temps en temps des yeux d'enfant ébloui. Il est pur, il est innocent, il ferait sans nul doute régner sur la presse, s'il en avait le pouvoir, la plus raisonnable et douce des dictatures, celle qui correspond à ses intérêts, qu'il présente comme des convictions. Debray ministre de l'Information, ce serait quelque chose. D'un air pénétré, il dit : « Je n'attaque jamais les personnes. » Giesbert ne le reprend pas. Je pourrais pourtant leur envoyer, à l'un comme à l'autre, la photocopie d'un interminable article de l'année dernière, paru dans Marianne, où Debray me traite de tous les noms. Mais à quoi bon ? Les affaires cléricales se traitent entre membres. Poursuivons, passons, oublions. Il paraît que, dans tout cela, il s'agissait du Kosovo. Ah oui, vous êtes sûrs ?
30/04/2000