Le style Raffarin
Les femmes sont battues un peu partout, harcelées, cognées, violées, étranglées ; les enfants sont très souvent maltraités ; les violences conjugales sont innombrables ; les tabous résistent ; le tueur en série Patrice Alègre, pour accomplir ses exploits, prenait d'abord un cocktail extatique de cocaïne, d'ecstasy, de haschisch et d'alcool. Le boucher du Liberia, Taylor, s'en va enfin dans une retraite dorée au Nigeria, non sans se comparer au Christ. Amin Dada, dadaïste couvert de sang en Ouganda, finit ses jours tranquillement en Arabie Saoudite. José Bové promet une rentrée brûlante après son triomphe au Larzac.
Les urgentistes sont débordés, les morgues sont pleines, les pompes funèbres asphyxiées, New York en panne d'électricité, un acteur bodybuildé veut devenir gouverneur de Californie, on vient d'arrêter un pédiatre pédophile à Montélimar, j'entends une journaliste dire « interminants du spectacle » au lieu d'« intermittents », en effet le film est interminable. Heureusement, Monseigneur Raffarin, évêque du Poitou, consent à interrompre ses vacances, vient se pencher, patelin, sur quelques vieillards survivants, et parle avec une force tranquille susceptible d'apaiser les âmes.
Voici quelques fortes pensées : « La culture est faite pour rassembler, pour tendre la main à l'autre, non pour diviser, non pour voir les uns et les autres se déchirer, mais pour choisir la création plutôt que la décréation, dont parlait Jean-Marie Domenach. » Domenach référence philosophique de Matignon, nous voilà rassurés. Nous ne sommes pas là pour expérimenter on ne sait quelles limites (on voit d'ailleurs où elles mènent) mais pour « être fidèles à l'humanisme créateur ». À la bonne heure. Et encore : « Surmontons la grande tristesse de ces rideaux trop vite tombés, saisissons ensemble l'occasion d'une réforme en profondeur, que le demi-siècle écoulé de décentralisation culturelle appelle, pour trouver un nouveau souffle. »
Au fond, mon magazine branché et Raffarin sont sur la même longueur d'ondes. Tout va mal, il faut pacifier. Misère et Teknival, pathos et froideur, passion tragique et nouveau souffle. L'impasse est totale, allons de l'avant. Canicule de clichés, hécatombe de corps.
24/08/2003