Clausewitz

Le De la guerre, de Clausewitz (1780-1831) est un chef-d'œuvre, méconnu comme tous les chefs-d'œuvre. En voici une édition abrégée, traduction de l'allemand et présentation de Nicolas Waquet171. Tentative unique en Occident pour penser le phénomène de la guerre ? Mais oui. On connaît la phrase fameuse : « La guerre n'est que la poursuite de la politique par d'autres moyens. » Mais il faut entrer dans les détails de ce livre prodigieux de clarté et d'intelligence. Guy Debord l'aurait mis dans sa poche, tout en considérant avec un sourire la parution de ses propres Œuvres dans la collection Quarto172. Il relirait une fois de plus ce passage : « Nous voyons donc que, dans le fond, l'absolu, la prétendue mathématique ne trouve aucune base ferme pour les calculs de l'art de la guerre. Dès le début s'y mêle un jeu de possibilités, de probabilités, de chance et de malchance qui court dans tous les fils fins ou épais de sa trame ; de toutes les ramifications de l'activité humaine c'est du jeu de cartes que la guerre se rapproche le plus. »

Voilà, le Quarto Debord, Clausewitz, vous avez vos lectures de base, vous entrez dans la véritable histoire du temps, le jeu, la guerre. Clausewitz : « Si nous allons plus loin dans ce que la guerre exige de ceux qui s'y consacrent, nous rencontrons, dominante, la puissance intellectuelle. La guerre est le domaine de l'incertitude. Les trois quarts des éléments sur lesquels se fonde l'action flottent dans le brouillard d'une incertitude plus ou moins épaisse. C'est donc dans ce domaine plus qu'en tout autre qu'une intelligence fine et pénétrante est requise, pour discerner la vérité à la seule mesure de son jugement. » Clausewitz insiste sur le « coup d'œil » et la « présence d'esprit » comme « capacité supérieure à vaincre l'imprévisible ». Et encore : « Répétons-le : une âme forte n'est pas une âme simplement susceptible de puissants élans, mais une âme capable de garder son équilibre dans les élans les plus puissants. Si bien que, malgré les tempêtes qui se déchaînent dans sa poitrine, son discernement et ses convictions conservent toute leur finesse pour jouer leur rôle, comme l'aiguille du compas sur le navire en pleine tourmente. » Et encore : « Il faut croire solidement à la vérité supérieure des principes éprouvés et ne pas oublier que, dans leur vivacité, les impressions momentanées détiennent une vérité d'un caractère inférieur. Grâce à cette prérogative que nous accordons dans les cas douteux à nos convictions antérieures, grâce à la fermeté à laquelle nous nous y tenons, notre action acquiert cette stabilité et cette continuité que l'on nomme caractère. »

30/04/2006