Drôle de rêve

Je rêve que je suis convoqué par le gouvernement d'Union nationale au ministère de l'Identité nationale. Je dois répondre à un interrogatoire serré sur mes origines, mes activités, mes connaissances de la langue française, mes opinions, mes goûts, mes lectures préférées. Je dois apporter la preuve que je ne descends pas d'immigrés entrés clandestinement en France et que j'ai toujours soutenu la Nation dans toutes mes évolutions. Le jury qui me reçoit est composé, de droite à gauche, par Le Pen, Sarkozy, Bayrou et Royal.

Ça commence par Le Pen qui, au vu de mon identité, m'accuse immédiatement de menées antinationales notoires, en agitant devant mes yeux de volumineux extraits de mes écrits. Il exige mon expulsion immédiate, mais Sarkozy l'interrompt, en me demandant courtoisement de me justifier. Avant que j'aie pu ouvrir la bouche, il me cite, pêle-mêle, Blum, Jaurès, Baudelaire et Rimbaud. « Votre jeunesse, me dit-il d'un air compréhensif, n'a été qu'un ténébreux orage, traversé çà et là par de brillants soleils. » Je hoche la tête, et m'apprête à enchaîner sur Rimbaud, quand il me somme d'expliquer mon soutien ancien à Cesare Battisti. Là, je tremble. Je sais qu'une enquête est en cours au sujet de tous les vieux gauchistes de la planète, enquête d'autant plus dangereuse qu'elle pourrait bénéficier des archives d'André Glucksmann, récemment rallié au ministère de l'Identité nationale. Être expulsé au Brésil ? Bon, j'essaierai de survivre à Rio. Heureusement, François Bayrou intervient et me demande si je suis catholique. « Assurément », dis-je avec fermeté. Il insiste : « Avez-vous la foi ? » Je saisis la perche : « Aucun problème. » Bayrou me sourit. Avec beaucoup de délicatesse, il propose que mon procès d'expulsion se déroule en ma présence. Il me fait même un clin d'œil.

25/03/2007