Nobel

Eh bien, il faut féliciter le jury Nobel d'avoir couronné Le Clézio, c'est-à-dire la littérature française. Voilà une bonne chaussure lancée contre la propagande américaine qui n'en finit pas de décréter notre mort. Je le vois très vivant, au contraire, notre petit pays. Espérons qu'Obama va renverser la tendance, il est déjà écologiste, il va découvrir l'Europe, ce sera parfait. Le Clézio, lui, avec un humour impeccable, a fait résonner, devant un parterre hyperconvenable et blanc, un hommage aux Amérindiens, à leur mode de vie libre, à leurs mythes. Lévi-Strauss a cent ans, Le Clézio soixante, la relève est assurée, nous sommes loin du mensonge américain représenté par l'extraordinaire arnaque financière de Bernard Madoff, cinquante milliards de dollars.

Écoutez un peu de prose nobélisée française. Le Clézio parle d'une chanteuse nommée Elvira : « Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d'argent sur sa poitrine, et, par-dessus tout, cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d'emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. À la trame simple des mythes – l'invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d'humains venues du fond des temps –, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l'amour charnel, l'acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle était la poésie en action, le théâtre antique, en même temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n'a pas d'autre nom que la beauté. »

Grand silence à Stockholm, parmi les smokings et les robes du soir, sans parler des bijoux, des diadèmes, des étoles, des produits de beauté, des fourrures. Sacré Le Clézio : bien joué ! Là-dessus, on entend parler de fraude pour le prix Nobel de médecine, une enquête est ouverte, l'industrie pharmaceutique serait dans le coup. Mes renseignements sont formels : les éditions Gallimard n'ont pas versé un euro aux jurés du prix Nobel de littérature.

28/12/2008