Philip Roth
Cet écrivain américain est, de loin, le meilleur de son pays. Son dernier roman, Exit le fantôme, est l'un des plus réussis210. Roth, tout en racontant ses histoires, toujours dérangeantes et subtiles, a l'art de glisser, ici et là, son diagnostic sur la décadence de son temps. Ainsi cette lettre, envoyée par un de ses personnages au Times : « Il fut un temps où les gens intelligents se servaient de la littérature pour réfléchir. Ce temps ne sera bientôt plus. Pendant les années de la guerre froide, en Union soviétique et dans ses satellites d'Europe de l'Est, ce furent les écrivains dignes de ce nom qui furent proscrits : aujourd'hui en Amérique, c'est la littérature qui est proscrite, comme capable d'exercer une influence effective sur la façon qu'on a d'appréhender la vie. L'utilisation qu'on fait couramment de nos jours dans les pages culturelles des journaux éclairés et dans les facultés des lettres est tellement en contradiction avec les objectifs de la création littéraire, aussi bien qu'avec les bienfaits que peut offrir la littérature à un lecteur dépourvu de préjugés, que mieux vaudrait que la littérature cesse désormais de jouer le moindre rôle dans la société. »
Suit une critique implacable des pages culturelles du Times et de leur « charabia » réducteur. Le personnage de Roth va jusqu'à préconiser d'interdire toute discussion publique sur la littérature dans les journaux, les magazines et les revues spécialisées, ainsi que son enseignement. « Je mettrais sous surveillance les libraires pour vérifier qu'aucun vendeur ne parle de livres, et que les clients n'osent pas se parler entre eux. Je laisserais les lecteurs seuls avec les livres, pour qu'ils puissent en faire ce qu'ils veulent en toute liberté. » Tout en ayant beaucoup de succès, Roth sait de quoi il parle.
27/09/2009