Rue Gallimard

L'ancienne rue Sébastien-Bottin, dans le 7è arrondissement de Paris, s'appelle désormais rue Gaston-Gallimard (1881-1975). Elle n'a étrangement qu'un seul numéro : le 5. Gaston, le grand-père d'Antoine, l'actuel propriétaire des éditions du même nom, est une légende, indissociable de celle de La Nouvelle Revue française (NRF). Dans son discours émouvant, le maire de Paris n'a cité, pour s'en démarquer, qu'un seul nom d'écrivain français : Drieu La Rochelle, directeur politiquement incorrect de la NRF pendant l'Occupation nazie, et suicidé en 1945. Le maire l'a qualifié de « grand écrivain », ce qui est sans doute exagéré par rapport à un beaucoup plus grand écrivain compromettant, Céline. Cependant, à la fête du soir, où une foule a bu et dansé dans les jardins, un observateur visionnaire aurait pu discerner dans les arbres un certain nombre de fantômes locaux réconciliés : Gide, Valéry, Claudel, Proust, Breton, Drieu, Aragon, Camus, Genet, Sartre, Malraux, Céline. Il y avait du champagne, et la fête a recommencé le lendemain pour les mille employés de cet endroit enchanté. Je travaille donc maintenant au 5, rue Gaston-Gallimard. Photo de Gaston : grand-bourgeois dandy anarchisant, chapeau et fume-cigarette. Après cent ans d'existence, la rentrée littéraire, ici, bat déjà son plein.

26/06/2011