Du sur-place
Le solde du compte en banque de Mary, qu’elle consultait chaque jour, était tout ce qui la reliait encore à Gooch. À seule fin de maintenir le contact, elle continua de retirer de l’argent par tranches de cent dollars. Un après-midi que Ronni avait emmené les garçons voir leur père, de passage en ville pour un rendez-vous d’affaires, Mary se rendit au gros centre commercial à Hundred Oaks, où elle acheta des jouets à mettre sous l’arbre des triplés. Ronni et elle avaient convenu de ne pas échanger de cadeaux. Leur amitié leur suffisait.
Au magasin de jouets, elle choisit des jeux d’âge préscolaire, des trousses d’artiste en herbe et des petits livres. Elle évita un étalage de semi-automatiques qui lançaient des fléchettes en mousse, tout en se disant que les triplés les auraient adorés. Les garçons et leurs armes à feu… Quand leurs enfants étaient petits, Pete et Wendy observaient une stricte politique anti-armes, mais, dans les petites mains sales des garçons, les balais devenaient des carabines et les tue-mouches des épées. Quand le premier avait pris l’habitude de mordre dans ses sandwichs de façon à les tailler en forme de pistolet, ils avaient capitulé. Le lien des Américains avec les armes à feu était bien connu, savait Mary, mais le droit historique de porter des armes était à ses yeux une notion tout à fait étrangère, et elle n’en comprenait pas le sens. Ronni avait avoué garder une arme dans une boîte à chaussures au fond de son placard, mais, à cause de ses lectures, Mary savait que son amie était plus susceptible de s’en servir pour abattre son mari infidèle que pour se défendre d’un intrus.
En arpentant les couloirs du centre commercial, ses sacs à la main, elle fut attirée par la vitrine d’une boutique dans laquelle se dressaient des mannequins de forte taille, aux courbes généreuses. Elle avait besoin de nouveaux vêtements. En effet, le jean à la taille élastique que lui avait offert Ronni était désormais trop grand. Étant donné la faiblesse des ventes au détail, les vendeuses furent ravies de voir Mary faire son entrée.
Dans la spacieuse cabine d’essayage au triple miroir amincissant, elle s’en voulut, se demanda ce qui l’avait poussée à entrer dans la boutique et pourquoi elle n’avait pas protesté quand la femme lui avait fait voir une collection de robes pour les fêtes. Elle enfila quelques ensembles pratiques de hauts et de pantalons, puis, à son corps défendant, la robe noire en jersey extensible que l’autre avait insisté pour lui faire essayer. Elle regarda son reflet dans la glace, sans ciller. Les cheveux argentés coupés court. Les bijoux Lydia Lee. Ses amples proportions adorées par le tissu moulant nuit noir.
— Vous pourriez être mannequin ! s’écria une vendeuse.
— On dirait que cette robe a été taillée sur mesure pour vous ! s’enthousiasma une autre.
Mary protesta :
— En fait, j’étais entrée pour acheter des soutiens-gorges et des petites culottes.
Une autre fille s’élança et revint les bras chargés d’un ahurissant choix de sous-vêtements en dentelle. Mary essaya la lingerie, incrédule devant son propre reflet, jusqu’au moment où elle dut se rendre à l’évidence : elle était sexy et se sentait sexy.
Écarlate, elle laissa tomber les vêtements et la lingerie sur le comptoir.
— Je prends tout, annonça-t-elle.
Lestée de ses sacs, elle traversa le centre commercial en s’efforçant de combattre son sentiment de culpabilité, de concilier le plaisir que lui procuraient les jolis vêtements et la conviction qu’elle avait de ne pas les mériter. Son troisième œil lui faisait mal. Elle s’arrêta, posa ses sacs près d’une haute fontaine et s’assit, étourdie. Il faut que tu manges quelque chose, se dit-elle, mais l’idée de mâcher lui donnait la nausée, et elle n’aurait rien pu avaler à cause de la boule dans sa gorge.
Elle trouva un mélangeur dans une des armoires d’Eden et tenta de réduire en purée des fruits et du yogourt, mais elle eut du mal à garder l’épais liquide. Depuis quelque temps, elle n’arrivait à avaler que quelques gorgées de jus d’orange plusieurs fois par jour, et même Ronni avait remarqué que son énergie commençait à fléchir.
À bord de la grosse Dodge Ram, Mary, qui rentrait par le chemin qu’elle avait emprunté avec Jesús, laissa ses yeux dériver vers les étoiles. Elle s’interrogea sur l’essence de la force et du magnétisme de Jesús García. « On se revoit la semaine prochaine », avait-il dit. Elle espéra qu’il aurait de nouveau le temps de s’attarder, de boire un verre d’eau, de lui parler un peu plus du troisième œil. Puis elle se rappela que se languir d’un seul homme aurait dû lui suffire. Seulement, elle n’aurait su dire avec certitude si l’homme en question était Jimmy Gooch ou Jesús García.
Plus tard, en nageant nue dans la piscine, Mary s’arrêta dans la section peu profonde et sentit son cœur s’affoler, sensation désormais familière. Pas maintenant, supplia-t-elle. Pas tout de suite. Pas au moment où elle avait le sentiment d’être si près. De quoi ? Elle l’ignorait, mais elle sentit un autre changement dans le vent, un orage imminent. Gooch, peut-être. Elle se promit de tenter de boire une autre boisson fouettée aux fruits. Si Gooch rentrait, elle aurait besoin de toutes ses forces.
C’est la boisson qui fit remonter en elle le souvenir d’une soirée particulière. C’était une dizaine d’années après leur mariage. Mary était clouée au lit depuis une semaine, terrassée par une grippe qu’elle avait attrapée à la pharmacie. En se rendant compte que sa femme n’avait même pas la force de se lever pour aller aux toilettes, Gooch avait pris congé pour s’occuper d’elle. Il veillait sur elle comme une mère, lui apportait de la soupe fumante sur un plateau, lui préparait des boissons aux fruits un peu grumeleuses à l’aide d’un pilon à pommes de terre et d’un fouet. À la fin de sa convalescence, Mary recouvra l’appétit et entendit de nouveau l’appel du Kenmore. Croyant Gooch sorti, tant la maison était silencieuse et paisible, elle fut surprise de le trouver assis à la table de la cuisine, les yeux vitreux, en train d’écrire dans un carnet. Il leva les yeux, l’air coupable. Pris sur le fait.
— Tu es debout ! lança-t-il d’un ton inepte.
— C’est quoi ? Qu’est-ce que tu écris ?
— Rien.
Il referma le carnet.
— Gooch.
— Rien.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Rien, je te dis.
— Alors laisse-moi voir.
— C’est personnel, Mare.
— Personnel ?
— Ce n’est rien. Juste une histoire.
— Une histoire ?
— J’écris une nouvelle, avoua-t-il avec lassitude. C’est bête. Je… Le Leaford Mirror organise un concours de nouvelles et je… C’est bête.
Elle fit de son mieux pour dissimuler sa surprise.
— Laisse-moi lire.
Elle s’attendait à ce qu’il refuse. Elle ne l’avait jamais vu aussi vulnérable qu’au moment où il lui tendit le carnet.
— C’est seulement un premier jet. Ça ne vaut rien.
Armée du carnet et d’un pot d’arachides, Mary, en s’installant dans son lit, sentit une peur cuisante se mêler aux derniers vestiges de sa fièvre. Ce qu’elle craignait, ce n’était pas que l’histoire soit mauvaise et qu’elle soit forcée de mentir. Au contraire, elle avait peur qu’elle soit bonne et qu’elle doive avouer à Gooch et s’avouer à elle-même qu’il avait raté sa vocation à cause d’elle. Ou, pis encore, qu’elle soit si bonne qu’il la présenterait au concours et l’emporterait, qu’il se rendrait compte qu’il n’était pas destiné à être celui qu’il était devenu, qu’il la quitterait pour vivre la vie de rêve d’un écrivain célèbre.
La première ligne plongea Mary dans le découragement. C’était l’histoire d’un livreur de meubles qui tombait amoureux d’une jeune veuve, tandis que son épouse se mourait à la maison d’un mal qui ressemblait étrangement à un vague malaise. Le personnage principal avait livré une cuisinière défectueuse à la veuve et, chaque jour, trouvait toutes sortes de prétextes pour venir s’informer du rendement de l’appareil et avaler une incroyable quantité de biscuits brûlés, pendant que son épouse se languissait dans son lit. La prose était vigoureuse et dépouillée, émouvante et drôle. À la fin, l’homme ne consommait pas la relation et retournait auprès de sa femme, mû par l’obligation et le sens du devoir. Mary lut la dernière ligne, brûlante d’indignation, mais elle ne convoqua pas Gooch dans la chambre.
Une heure passa. Mary entendit Gooch allumer le téléviseur dans le salon. Elle attendit, bouillant de colère, certaine que le récit était autobiographique, certaine qu’il était sur le point de tout avouer. Au bout du compte, ce fut la faim qui la tira du lit. En l’entendant s’avancer lourdement dans le couloir, Gooch éteignit le poste. Depuis la porte, il la regarda fouiller dans le réfrigérateur, à la recherche du fromage et du saucisson.
— Et alors ? demanda-t-il.
Mary mâchouilla d’un air pensif et soupira.
— Je n’ai pas compris, annonça-t-elle en s’attablant.
— C’est seulement le premier jet, lui rappela-t-il.
— Sa femme est mourante, déclara-t-elle en lançant les mains en l’air.
— Justement.
— Justement ! s’écria-t-elle en soufflant comme un bœuf. Comment peut-il faire une chose pareille alors que sa femme se meurt ?
— Il ne s’agit pas de toi, Mare, dit-il, crispé.
— Je sais.
Elle hésita.
— Mais tu livres des meubles. Les gens vont croire qu’il s’agit de toi.
— C’est un monde que je connais, point. Ça n’a rien à voir avec toi. Avec nous.
— En tout cas, dit-elle, il n’est pas très sympathique.
Malgré elle, pourtant, Mary avait ressenti de la sympathie pour le mari en manque et la veuve esseulée.
— Il pourrait livrer autre chose, poursuivit-elle.
— Oui, je suppose.
— Il pourrait être célibataire.
— Mais c’est de là que vient le déchirement intérieur.
— O.K.
— Et l’écriture ? demanda-t-il.
Elle secoua la tête.
— Certains mots sont un peu…
Elle roula les yeux. Il prit le carnet des mains graisseuses de sa femme.
— Bon. Ça n’a pas d’importance.
— Gooch, protesta-t-elle. Tout ce que je dis, c’est que tu utilises des mots que les gens vont devoir chercher dans le dictionnaire, et ils risquent de se sentir idiots.
Il hocha la tête et regagna le salon, où il s’assit au calme. Elle termina sa collation et enfila le couloir dans le sens inverse. Lorsque Gooch entra dans le lit, elle fit semblant de dormir en se demandant comment l’écrivain même le plus doué aurait pu, sans une connaissance intime et directe du sujet, rendre un tel désir avec autant de justesse.
Mary se dit que Gooch n’avait pas présenté la nouvelle au concours. S’il l’avait fait, croyait-elle, il aurait sûrement gagné.
Elle sortit de la piscine, nue, se reposa un moment sous l’épais voile de la nuit. On sonna à la porte. Elle mit une vieille robe de chambre de Jack, trouvée dans son placard, et traversa la maison pour aller répondre. Pour la première fois, elle ne rêva pas de trouver son mari volage sur le seuil. Même si son troisième œil avait pu conjurer son image, elle se serait méfiée de sa vision de l’avenir. Elle était trop lasse pour espérer.
À la porte, il y avait des garçons et des filles qui chantaient des cantiques de Noël — dix enfants affublés de costumes dickensiens, dirigés par une femme appartenant à un groupe religieux : ils recueillaient des fonds, expliqua-t-elle, pour une école en difficulté de l’est de Los Angeles. Mary se tint à la porte, mouillée et frissonnante dans sa robe de chambre. Elle entendait non pas les voix des enfants, mais plutôt un fredonnement collectif dans l’air nocturne. Après, elle sortit de son sac quelques centaines de dollars et les tendit à la femme, éberluée et reconnaissante.
Le canapé Ethan Allen l’invitait à se reposer un peu en lui tendant les bras, mais le réfrigérateur carillonna, lui rappela qu’elle devait se sustenter. Elle se traîna de force jusqu’à la cuisine, ouvrit la porte et sortit une pomme fraîche et froide. Assise devant le comptoir, elle porta la pomme à sa bouche. Une voix la suppliait : Il faut que tu manges quelque chose. Pendant un moment, elle fut transportée dans le corps de l’anorexique agonisante qu’elle avait vue dans un documentaire, des années plus tôt, et reposa le fruit sur la table.
Se débarrassant de sa robe de chambre, Mary regagna la cour et l’eau froide de la piscine, s’avança vers la portion la plus profonde avant de se rendre compte qu’elle n’avait plus la force de faire des longueurs. Les bras en croix, battant des jambes, immatérielle mais lourde, elle lutta contre la métaphore. Son attente de Gooch n’avait-elle été que du sur-place ?
Plus tard, elle fut tirée du sommeil par la sonnerie du téléphone et tendit la main pour prendre le combiné sur la table de chevet.
— Joyce ? fit-elle, groggy.
— Mary ? Mary ? Ça va ?
— C’est à propos de ma mère ?
— Mary ? C’est Ronni. Qu’est-ce qui t’arrive ? Je me faisais du souci à ton sujet. J’étais sur le point de faire monter les garçons dans la voiture pour venir te voir.
Mary s’assit, surprise de trouver la chambre inondée de soleil. Elle consulta le réveille-matin. Il passait midi.
— Je dormais. J’ai fait la grasse matinée. Désolée. Je vais être là dans quelques minutes.
— Non, Mary, c’est bon. J’emmène les garçons au centre commercial. Nous avons des courses à faire. J’ai décidé de retourner dans l’Est pour Noël. Nous partons la semaine prochaine.
Mary fut incapable de répondre. Partir ?
— Tu es là ? demanda Ronni.
— Je suis là.
— Les garçons et moi voulons fêter Noël avec toi d’avance. D’accord ?
— D’accord.
— Mary ?
— Je suis là.
— Ta belle-mère va être rentrée, hein ? Tu ne vas pas être toute seule ?
— Elle sera là, mentit Mary.
Eden avait téléphoné la veille pour lui dire qu’elle avait décidé de passer les fêtes à Santa Barbara, où elle tenait compagnie à un vieil ami de Jack. Au ton de sa belle-mère, Mary avait senti qu’il y avait de l’idylle dans l’air. Comme Eden avait commencé à fréquenter Jack quelques semaines à peine après l’accident mortel de James, Mary ne manifesta aucune surprise. Mais elle se demanda d’où venaient la force et la résilience de cette femme.
Elle s’arracha du lit avec difficulté, puis elle enfila un de ses ensembles neufs avant d’aller chercher le journal au bout de l’allée. Elle s’installa pour lire, mais n’arriva pas à se concentrer. Elle alla à la cuisine et contempla le réfrigérateur d’un air contrit. Elle décida de prendre la camionnette pour aller à la banque.
Devant l’immeuble, elle vérifia le solde du compte. Gooch avait de nouveau retiré de l’argent. Avec maladresse, elle réinséra sa carte dans le guichet automatique et sortit le montant maximal. Je vais tout prendre, Gooch, s’entendit-elle penser. Cet argent m’appartient. Elle songea à la rage de Ronni, qui s’apaisait de jour en jour, tandis que la sienne montait. Tu m’as plantée là sans un mot. Espèce de lâche. Et tu prends l’argent qui me revient de droit. Salaud.
Elle glissait les billets de vingt dollars dans son portefeuille lorsqu’elle faillit entrer en collision avec un homme qui sortait de la banque.
— Emery Carr, dit-elle.
En raison de ses cheveux argentés coupés ras et du poids qu’elle avait perdu, il ne la reconnut pas.
— Mary Gooch. Vous m’avez conduite à l’hôtel le jour où j’ai perdu mon sac.
— Ça alors ! s’exclama Emery Carr en se remémorant l’incident et en la reconnaissant enfin. Vous avez changé.
— Oui.
— J’étais sûr que vous étiez rentrée au Canada. Lucy m’a dit que tout s’était arrangé. Ce sont de longues vacances.
— Ce ne sont pas vraiment des vacances, dit-elle en marchant à côté de lui.
— Vous êtes complètement transformée. Avez-vous participé à une de ces émissions où les participants se métamorphosent ? J’adore Prêt à changer.
Mary rit.
— Oui, en quelque sorte.
— Eh bien, le résultat me plaît énormément.
Elle rougit, se rendit compte qu’ils avaient marché en direction du restaurant et qu’il tenait la porte pour elle.
— Je dîne en retard. Vous m’accompagnez ?
À l’intérieur, Mary, luttant contre la nausée, commanda du café, des œufs brouillés et du pain grillé. En la voyant chipoter, Emery Carr l’interrogea du regard.
— Vous voulez retourner votre assiette ?
— Je suis incapable de manger, confessa-t-elle.
— Il faut manger quelque chose, insista-t-il. Vous suivez un régime, je le vois bien, mais…
— Je ne suis pas au régime. C’est juste que… Je n’y arrive pas. Je ne peux rien avaler.
Emery lui tapota la main.
— Vous avez perdu beaucoup de poids. Par rapport à la première fois que je vous ai vue, je veux dire.
— Je sais.
— C’est très bien. Seulement… Il faut manger quelque chose.
Elle hocha la tête, fit semblant de grignoter son pain. Le café noir lui procura une fausse énergie, mais c’était la proximité de l’homme qui la ranimait. Ils discutèrent du climat politique.
— On dirait qu’il y a deux Amériques, déclara-t-il. Nous pensons différemment. Nous interprétons la Constitution différemment. Nous sommes divisés en deux, et chacun suit la ligne du parti. C’est la même chose au Canada ?
— Je ne sais pas. Je ne crois pas. Selon mon mari, les mots « libéral » et « conservateur » n’ont pas le même sens qu’ici. Nous avons aussi plus de partis. Le NPD et les Verts.
Fière de sa mémoire, elle n’aurait toutefois su expliquer les programmes des partis en question. Elle se demanda si elle devrait acheter un ordinateur pour pouvoir approfondir ces sujets.
— Vous, Canadiens, êtes plus progressistes.
— Parce que nous avons un régime national d’assurance-maladie ?
— Le socialisme fait peur.
— Parce que nous contrôlons les armes à feu ?
— Ne me lancez pas sur ce sujet.
— Le mariage homosexuel ?
— Le mariage homosexuel… De toute façon, je ne crois pas au mariage, gay ou hétéro. C’est contre nature. Mais l’interdire ? C’est de la discrimination pure et simple.
— Mon mari dit que les gens s’opposent au mariage homosexuel parce qu’ils ont peur que vous commenciez à recruter.
— À propos de votre mari, fit-il. A-t-il vu votre nouveau look ?
Mary leva les yeux de sa tasse de café, prit une profonde inspiration et, en exhalant, raconta au séduisant caissier l’histoire de sa vie d’épouse.
Dehors, il surprit Mary en la serrant gentiment contre lui.
— J’ai senti que vous en aviez besoin.
— Effectivement.
— Vous n’allez pas mourir, vous savez. Vous allez vous relever, puis vous allez essuyer la poussière de vos vêtements. Vous êtes une femme. Écoutez-vous rugir.
Elle rit et hocha la tête.
Plus tard ce soir-là, Mary, assise au bord du lit de Jack, fixa son reflet dans le miroir de la commode. Vous n’allez pas mourir, avait dit Emery Carr.