M me donne la clé de son appartement. Je suis la seule. Il me le jure. L’écrit sur son bras. Nos initiales sur son omoplate.

M.M.

Je l’aime et il m’aime. C’est écrit. C’est promis. C’est gravé. C’est beau.

Comme le monde est beau.

M avait raison. M a toujours raison.

 

Il me trouve différente, me dit qu’il m’aime. J’explose de l’intérieur mais je me retiens.

Je me retiens car j’ai peur de le perdre. Qu’il se rende compte qu’il ne m’aime pas. Qu’il désire d’autres lèvres. Qu’il parte sans moi. J’ai peur d’imaginer un avenir sans lui. Il est tellement beau. Tellement tout pour moi. J’ai peur de le lui montrer. J’ai peur de lui faire peur. Le faire fuir. Qu’il ouvre les yeux, sa vision plus nette, plus réelle et je redeviens la fille de traviole. J’ai peur de la nuit. Le soleil se couche et il s’en va car le bonheur est ailleurs et que je suis ici. Je l’aime simplement. Complètement. Pas de doutes, de mystère, de vide. Il comble tout. J’en deviens ridicule. Personne n’aime le ridicule. Comment peut-on aimer autant ? Je suis dépendante et je le reconnais. Je ne suis pas saine, pas claire, complètement déglinguée mais je l’aime. Je lui donne tout ce que j’ai ; tout ce que j’ai, ce n’est pas grand-chose.

J’ai peur ; je me retiens.

 

Je craque une nuit. Il éjacule en moi et je hurle un je t’aime.

Il ne part pas. Son sperme coule sur mes cuisses.

M reste en moi.

Le soleil brille cette nuit.

Je suis heureuse.