Cœur de pierre
Lorsqu'elle avait réservé ce séjour de deux semaines dans un hôtel-club en Tunisie, Kathy était loin d'imaginer à quel point cela transformerait sa vie. En fait, tout cela n'était que pur hasard. Alors qu'elle allait chercher des billets de train pour son patron dans la petite agence de voyage de la rue de Lyon, à côté du bureau, Maïa, la jeune femme du guichet qu'elle connaissait bien, lui avait parlé d'une promotion intéressante sur Carthage. Il lui restait quinze jours à prendre sur ses congés, et s'était laissée tenter. Après tout, elle avait depuis longtemps envie de découvrir le Maghreb. C'était l'occasion ou jamais.
Les premiers jours, Kathy, armée de son Guide Bleu, avait effectué de nombreuses excursions : les ruines, un peu décevantes – il faut bien l'admettre – de l'ancienne Carthage ; les souks grouillants et odorants de Tunis ; les ruelles tortueuses et éblouissantes de Sidi-Bou-Saïd. Mais, très vite, elle s'était laissé gagner par l'indolence tunisienne et se contentait de siroter des jus de fruits au bord de la piscine, en feuilletant distraitement des magazines dénichés au kiosque de l'hôtel.
Chaque soir, après le dîner, au moment du café, les serveurs du restaurant tentaient de la convaincre de se rendre à la boîte de nuit située en contrebas, face à la mer. Durant plus d'une semaine, elle avait opposé un refus poli à leurs avances. Guère noctambule, elle montait sagement se coucher pour être en forme et profiter du soleil matinal. Mais devant tant d'insistance, elle avait fini par céder, quelques jours avant son départ. C'est là qu'elle avait fait la connaissance de Nordine. Une rencontre qui allait bouleverser sa tranquille petite existence de secrétaire-comptable, bien au-delà de ce qu'elle aurait pu imaginer de prime abord.
Quand elle était arrivée dans la boîte, très tôt, il n'y avait encore personne. Elle s'était assise sagement sur une banquette de velours brun, et avait commandé un gin-tonic, persuadée qu'elle ne resterait pas là bien longtemps. Mais elle avait bientôt vu débarquer à sa table plusieurs Tunisiens rieurs, vêtus de chemises immaculées et repassées avec soin. Même les employés de l'hôtel, que pourtant elle appréciait d'habitude pour leur réserve, commencèrent à la draguer de manière éhontée. Il est vrai qu'avec son teint hâlé et sa robe blanche décolletée, Kathy était particulièrement en beauté ce soir-là. C'est alors qu'elle remarqua Nordine qui la fixait intensément. Un peu en retrait, il semblait plus âgé que ses camarades, plus tranquille aussi, comme s'il cherchait à se démarquer de leur babillage désinvolte. Elle l'invita à s'asseoir à ses côtés. Sur fond de disco des années 70, la conversation s'engagea entre eux, avec le plus grand naturel. Kathy avait déjà échangé quelques mots avec lui, lors de son arrivée à l'hôtel dont il était l'un des réceptionnistes. Le jeune homme lui expliqua qu'il était le cadet d'une famille de douze enfants, qu'il vivait chez sa mère, à Sidi-Bou-Saïd, parce qu'il ne gagnait pas assez d'argent pour avoir son propre logement, et qu'il rêvait de découvrir la France, surtout Paris, où son père avait travaillé autrefois et dont il lui avait beaucoup parlé.
Quelques heures et beaucoup de mots plus tard, ils se retrouvaient tous les deux dans la chambre de Kathy. Nordine avait escaladé la façade et était entré par le balcon. Heureusement qu'il n'y avait qu'un étage !
Mais il ne pouvait absolument pas se permettre de passer devant la réception avec une cliente, sans risquer de perdre son emploi. Aux premières lueurs de l'aube, il était reparti en empruntant le même chemin. Ils n'avaient pas beaucoup dormi, ni l'un ni l'autre. Mais ils étaient heureux.
La deuxième nuit fut encore plus extraordinaire que la première. Il y avait longtemps que Kathy ne s'était pas sentie aussi bien avec un homme. Toutefois, elle entendait conserver une certaine prudence. Après trente ans, elle avait appris à se méfier de ses propres emballements amoureux. Il fallait que cela reste un joli souvenir de vacances, un point c'est tout ! Et quand Nordine, la veille de son départ, lui avait demandé son adresse et son numéro de téléphone à Paris, la jeune femme les lui avait donnés bien volontiers, mais sans se faire la moindre illusion : elle n'aurait jamais de ses nouvelles, et c'était très bien comme ça.
Très vite, la jeune femme avait retrouvé son style de vie habituel, remisant au fond de sa mémoire une aventure fort agréable mais sans lendemain. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise de trouver, le samedi suivant son retour, une longue lettre de Nordine, une déclaration enflammée qui annonçait les prémices d'une correspondance passionnée de plusieurs mois. Kathy n'y croyait pourtant pas trop. Elle se disait que tout ça se tasserait avec le temps et l'éloignement, et qu'ils finiraient par s'oublier. Pourtant, durant sept mois, le rythme hebdomadaire des missives de Nordine ne faiblit jamais. Jusqu'à son arrivée à Paris, pour les fêtes de Noël.
Ce séjour d'une semaine et demie fut un rêve qu'ils partagèrent tous deux. Nordine voulait tout voir, tout savoir. C'était son premier voyage hors des frontières de la Tunisie. Il était aussi enthousiaste qu'un gamin qui découvre la mer.
La séparation, aux termes de ces dix jours, fut terrible pour l'un et l'autre. Kathy sombra même dans un début de dépression qui lui valut une semaine d'arrêt maladie. Sans Nordine, elle n'avait plus goût à rien. Elle ne songeait même plus à se préparer à manger. Bien sûr, il y avait la perspective de l'été : il était déjà prévu qu'elle retournerait en Tunisie, pour un mois, cette fois-ci. Mais, c'était si loin ! La jeune femme avait l'impression qu'elle ne pourrait jamais patienter jusque-là. Heureusement, il y avait les lettres de Nordine et un appel téléphonique de temps à autre. Ce qui lui permit de tenir malgré tout.
Au mois de juillet, elle passa d'abord une semaine à l'hôtel où Nordine travaillait toujours. Comme l'été précédent, le jeune homme escaladait chaque soir la façade pour la retrouver. Kathy, du coup, avait l'impression d'être dans la peau d'une collégienne en fugue. Mais ce n'était pas forcément déplaisant.
Durant ces huit premiers jours, elle fut enfin présentée à la famille de son amant : sa mère Zohra, ses frères, ses sœurs. Tous l'acceptèrent d'emblée et l'hébergèrent tour à tour pour le reste du séjour. Ce fut une fête continuelle, des repas à n'en plus finir, où se mêlaient toutes les saveurs épicées de la cuisine tunisienne, des chants, des danses et des conversations qui se prolongeaient parfois jusqu'à l'aube. C'est au cours d'une de ces nuits de liesse que la date des noces fut fixée : Kathy et Nordine se marieraient à l'automne, à Paris. Ils entreprirent aussitôt les démarches administratives nécessaires pour que Zohra puisse y assister. Celle-ci était très émue, peut-être autant d'ailleurs à l'idée de prendre l'avion pour la première fois qu'à celle du mariage de son fils cadet : « Quel dommage que son père soit mort ! Il aurait tellement aimé voir ça, son Nordine épousant une Française… »
Mais le jeune homme n'en pouvait plus. C'est tout de suite qu'il voulait vivre avec Kathy. Il démissionna donc de son travail pour la rejoindre et habiter avec elle au Perreux. Par l'intermédiaire d'un cousin éloigné, il ne tarda pas à être engagé comme réceptionniste de nuit à l'hôtel Méridien de la Porte Maillot.
Avec la complicité de Nordine, Kathy progressait rapidement dans sa compréhension de l'Islam, de ses rites, de ses coutumes. Elle était très troublée par ce qu'elle apprenait au travers de quantité de livres ou de publications périodiques. Mais, au fond, n'était-ce pas là sa manière d'aimer ?
Le mariage réunit pour la première fois leurs deux familles. En plus de Zohra, deux frères et deux sœurs de Nordine, les plus âgés, avaient effectué le voyage. Les parents de Kathy, qui la voyaient déjà vieille fille, étaient aux anges. Pour l'occasion, ils avaient loué une guinguette au bord de la Marne. Des musiciens tunisiens, amenés par le cousin de Nordine, avaient joué des airs traditionnels jusqu'à tard dans la nuit.
Au lendemain de celle-ci, les frères et sœurs de Nordine étaient repartis pour Tunis, mais Zohra, elle, était restée. Dès le départ, il avait été prévu qu'elle passerait deux mois chez son fils et sa belle-fille, pour les aider à s'installer mais aussi pour découvrir cette France dont son mari, autrefois, lui avait tant vanté les mérites.
Kathy et Zohra s'entendaient à merveille. Le soir, tandis que Nordine était à son travail, elles papotaient pendant des heures, en se bourrant de délicieuses sucreries et de gâteaux au miel préparés par la vieille femme.
Au bout d'un mois, Zohra commença à se plaindre de douleurs dans le dos. Selon Nordine, ce n'était pas chose nouvelle : de plus loin qu'il s'en souvienne, sa mère s'était toujours lamentée à ce sujet, notamment le matin, quand elle se levait avant tout le monde pour préparer le premier repas de la journée.
Mais elle n'avait jamais voulu consulter qui que ce soit. En bonne musulmane, elle avait élevé seule ses douze enfants, avait accouché chez elle, avec la simple assistance d'une voisine faisant office de sage-femme, et était très fière de n'être jamais tombée malade.
Kathy, entendant ses gémissements matinaux, tenta bien de convaincre sa belle-mère de ne pas rester comme ça :
« Vous devriez voir un médecin. Ici, en France, il y en a de très compétents. Et puis, ça sert à quoi de souffrir bêtement ? Si ça se trouve, ce n'est rien du tout ».
Mais elle se heurta à un refus énergique. Il n'en était pas question :
« J'ai vécu jusqu'à aujourd'hui en me passant des docteurs. Ce n'est pas à 72 ans que je vais aller me déshabiller devant ces messieurs-là. Et il en sera ainsi jusqu'à ma mort ».
De toute évidence, il était inutile d'insister, du moins pour l'instant.
Pourtant, Zohra peinait de plus en plus à sortir de son lit le matin. Un dimanche, elle dut même appeler Kathy à l'aide. Celle-ci était inquiète. Ce n'était pas normal. D'autant que, dans la journée, la vieille femme portait de plus en plus souvent ses mains à son dos, comme pour se soulager les reins d'une charge trop lourde. Et quand elle avait à se baisser pour ramasser un objet ou pour servir le thé, elle ne pouvait retenir les petites grimaces de douleur qui contractaient son émouvant visage ridé.
C'est à ce moment que Kathy attrapa la grippe, un virus très virulent venu d'Asie, qui l'obligea à consulter son médecin. Elle dut prendre des antibiotiques.
Elle en profita pour lui glisser quelques mots au sujet de sa belle-mère. Kathy fut alors obligée de lui expliquer la situation : l'obstination de la vieille dame, son refus catégorique de consulter un docteur. En l'écoutant, le praticien triturait nerveusement son nœud papillon. Il était manifestement agacé :
« Dans ce cas-là, que voulez-vous que je fasse ? Je ne peux tout de même pas décider d'une thérapie sans avoir examiné la patiente ».
Cependant, comme il soignait Kathy depuis qu'elle était toute petite et qu'il remarqua à quel point elle était désemparée, il accepta de prescrire des anti-inflammatoires à prendre au milieu des repas.
« En espérant, ajouta-t-il, que votre belle-mère n'ait pas d'ulcère ».
Mais le problème n'était qu'à demi résolu. En fait, le plus dur restait à faire : persuader Zohra d'absorber les fichus comprimés. Il fallut toute l'insistance de Kathy et de Nordine pour qu'elle finisse par se soumettre. Son fils dut même la menacer de la renvoyer dès le lendemain par le premier avion pour Tunis si elle ne lui obéissait pas. La vieille femme avala donc en mangeant les gélules achetées à la pharmacie.
Mais, si Kathy se rétablit très vite de sa grippe, le traitement suivi par Zohra ne connut pas le même succès. À la vérité, il agissait comme un cautère sur une jambe de bois. Ce qui ne fit que confirmer les convictions de cette obstinée belle-mère : les médecins ne pouvaient rien pour elle.
Devant son fils et Kathy, elle prétendait que ça allait mieux, par crainte qu'ils ne la contraignent à prendre de nouveaux médicaments ou, pire encore, à subir une consultation médicale. Elle affirmait ressentir une amélioration. Mais tout dans ses comportements quotidiens prouvait le contraire. Même si elle ne voulait pas l'avouer, il était visible que ses douleurs lombaires étaient de plus en plus insupportables : une fois assise par terre, elle ne pouvait plus se relever sans se cramponner à quelqu'un. Et la nuit, elle ne parvenait pas à retenir les gémissements plaintifs qui sortaient de sa bouche à chaque fois qu'elle se retournait.
Kathy était désolée pour Zohra. Elle l'aimait tant, elle aurait souhaité l'aider. Mais comment s'y prendre ? Même Nordine commençait à se faire du souci. Il savait sa mère réfractaire au mal. Si elle n'arrivait plus à donner le change, comme elle y était parvenue toute sa vie, c'est qu'il y avait un problème grave. Peut-être même s'agissait-il de quelque chose de beaucoup plus ancien qui la rongeait depuis des années, sans que personne n'y ait jamais prêté attention. Mais comment savoir ?
Avec l'accord de son mari, Kathy repassa un coup de fil à son médecin. Elle l'informa d'abord de l'échec du traitement entrepris. Celui-ci n'en parut guère étonné. Il réitéra sa proposition :
« Amenez-moi votre belle-mère et je verrai ce que je peux faire ».
Mais il se refusa énergiquement à rédiger une ordonnance pour une radio du dos comme le lui demandait Kathy.
Elle s'adressa donc à un médecin parisien, proche de son travail. Ayant déjà eu des crises de sciatique précédemment, elle n'eut aucun mal à obtenir le papier nécessaire pour une radio du rachis lombaire. Le soir, elle rentra fièrement à la maison, en brandissant l'ordonnance tel un trophée. On allait pouvoir trouver la solution aux difficultés de Zohra. D'autant que toutes deux portaient désormais le même nom.
Cependant, une fois de plus, il restait à surmonter l'obstacle essentiel : l'entêtement de Zohra. Contre toute attente, celle-ci se laissa fléchir relativement facilement, à condition que Kathy l'accompagne. La jeune femme prit donc sa journée à la date convenue. Arrivée au cabinet, une infirmière en blouse blanche demanda à Zohra de se déshabiller dans une cabine et de ne conserver que sa culotte. Pour elle, ce fut un vrai calvaire. Le cliché lui-même ne dura que quelques secondes. Aussitôt après, Zohra, tenant sa poitrine dans ses bras, courut se rhabiller, jurant à qui voulait l'entendre qu'on ne l'y reprendrait plus, qu'elle préférait encore souffrir que d'avoir à subir à nouveau de telles humiliations.
Pendant qu'elle renfilait sa robe et ses chaussures, le médecin prit Kathy à part : il l'informa tout d'abord que sa belle-mère présentait des signes d'arthrose modérée ne pouvant apparemment pas justifier des douleurs si aiguës. En revanche, il y avait sur la radio quelque chose de bizarre, une image inhabituelle, que l'un de ses confrères, appelé à la rescousse, avait constatée comme lui. Il fallait éclaircir cela, par d'autres explorations plus précises. Kathy résuma alors brièvement la situation au praticien, lui racontant combien il avait déjà été difficile d'amener Zohra jusqu'ici.
Le soir, après le dîner, Kathy, prétextant un malaise, s'enferma avec Nordine dans leur chambre. Elle lui rapporta les conclusions médicales de l'examen. Pour le radiologue, lui dit-elle, il n'y avait pas vraiment d'urgence :
« Mais, malgré tout, il m'a bien fait comprendre qu'un bilan complet était indispensable, si possible dans la semaine ».
Or, Zohra devait reprendre son avion dans trois jours. Et, une fois rentrée à Tunis, il était sûr qu'elle laisserait tout tomber.
La nuit suivante, Zohra fut prise de violentes douleurs du dos et de l'abdomen. Au point que Kathy et Nordine, réveillés par ses cris et complètement paniqués, résolurent de l'emmener de force aux urgences de l'hôpital le plus proche. À leur arrivée, l'interne de garde apparut surpris de l'intensité des élancements de la vieille dame. Tout en écoutant le résumé des épisodes précédents, il regardait avec une attention soutenue les radios effectuées la veille et que Kathy, dans son affolement, avait tout de même pensé à emporter avec elle. Interrompant brusquement les explications données par les deux jeunes mariés, il pria une infirmière d'aller chercher l'un de ses confrères. Aux termes d'un rapide conciliabule, et après avoir procédé à un nouvel examen des clichés, les deux médecins déclarèrent que tout cela était bien étrange, mais qu'ils ne pouvaient rien dire de plus avant d'avoir effectué d'autres radios.
Kathy et Nordine étaient atterrés, comme groggy. Ils regardèrent s'éloigner dans le couloir le chariot sur lequel Zohra était allongée, se demandant s'ils la reverraient vivante. L'attente dura plus d'une heure et demie. Le temps pour les médecins de vérifier l'incroyable : Zohra avait un fœtus momifié dans l'abdomen. Une intervention rapide s'imposait.
Diagnostic
Zohra présentait un cas tout à fait exceptionnel appelé lithopédion, conséquence de la calcification d'un fœtus mort à l'intérieur de l'abdomen au bout de quatre mois. La grossesse extra-utérine avait eu lieu vingt ans auparavant. Le lithopédion, du grec paidon signifiant « petit enfant », est un fœtus mort et calcifié.
Le lithopédion provient d’une grossesse extra utérine passée inaperçue et qui n’est pas arrivée à son terme. Jamais diagnostiqué, ce fœtus calcifié peut rester localisé 30, 40 ou 50 ans sans provoquer de manifestations.
Un tel phénomène se rencontre surtout dans les pays aux vastes étendues, dans des zones rurales où la surveillance médicale est faible, voire inexistante. C'est exactement ce qui s'est produit pour Zohra peu habituée à consulter.
Mais, comment une femme peut-elle vivre ainsi tant d'années avec un fœtus dans l'abdomen ?
La tolérance de ce fœtus calcifié est vraiment étonnante : l'intégrité du kyste fœtal est respectée et aucun symptôme ne permet de révéler le lithopédion. La patiente ne souffre pas de problème majeur. Une femme a même dû attendre cinquante-huit ans après une grossesse pour se rendre à l'insolite évidence. Elle se plaignait depuis fort longtemps de douleurs lombaires, aggravées par l'arthrose et une surcharge pondérale importante. Un bilan radiologique s'est avéré nécessaire afin d'établir ce surprenant diagnostic. Une masse abdominale dure peut alors évoquer une tumeur de l'ovaire, un fibrome, voire un kyste hydatique1.
Grâce à la radiographie de l'abdomen sans préparation, on visualise déjà une image de squelette fœtal. Cette première exploration est alors complétée par une échographie, une cœlioscopie2, une hystérographie3. Pour Zohra, les violentes douleurs lombaires ont conduit à une série de radios qui sont à l'origine dudit diagnostic.
Plus proche de nous un fœtus fossilisé de 46 ans a été découvert chez une marocaine de 75 ans, opérée en raison de violentes douleurs abdominales.
Une intervention chirurgicale, nécessaire afin d'extraire cette masse, a mis en évidence un fœtus enveloppé de membranes indurées, aux travers desquelles on est en mesure de reconnaître des cheveux au niveau de la tête. On découvre aussi des formations calcaires arrondies et une galette tissulaire qui correspond au placenta calcifié.
L'évolution d'une grossesse extra-utérine en lithopédion est possible si :
— Le fœtus survit dans l'abdomen depuis plus de trois mois.
— La femme ne s'est pas rendu compte qu'elle était enceinte (Zohra n'avait pas le moindre souvenir d'une grossesse après son sixième enfant. Ses règles s'étaient certes arrêtées brutalement, mais cela ne l'avait nullement troublée).
— Le fœtus reste aseptique, écartant par là même toute éventualité d'infection sévère.
La plupart des lithopédions demeurent dans l'abdomen en pleine harmonie ; des complications ont rarement été constatées.