De curieuses transmissions
Le décès brutal de Patrick, au printemps 1997, avait surpris tous ceux qui le connaissaient. Jamais on ne l'avait entendu se plaindre de problèmes de santé. Au contraire, toujours en forme, il passait aux yeux de tous pour un bon vivant, un joyeux drille, voire pour une force de la nature, avec ses quatre-vingts kilos de muscles entretenus par la pratique régulière des sports de combat. Mais ce qui laissait perplexe, c'était la cause de ce décès. D'après les médecins, Patrick était mort des suites d'un choc anaphylactique, autrement dit une réaction allergique grave. Et tout cela, semble-t-il, après avoir mangé des cacahuètes dans un pub, avec des copains de bureau, un soir, à l'heure de l'apéritif. Cela apparaissait tellement incroyable que personne ne voulait y croire. Et pourtant, les médecins de l'hôpital étaient formels.
Ce que beaucoup de ses amis ne savaient pas, c'est que Patrick souffrait de longue date d'une allergie aux pollens qui se manifestait tous les printemps au moment de la floraison. Mais comme de nombreux sportifs, il n'aimait pas se soigner et n'avait jamais pris au sérieux les avertissements qu'on lui avait adressés. D'ailleurs, il avait obstinément refusé l'idée d'un traitement proposé par son généraliste. D'autant que ce dernier l'avait averti qu'il serait long et contraignant. Patrick, depuis des années, jonglait donc avec les champs de marguerites et autres herbacées, les évitant comme la peste dès le retour des beaux jours. Il est vrai que, circulant le plus souvent à moto, il y était tout particulièrement exposé.
À l'hôpital Charring Cross de Londres, on avait trouvé une carte de donneur d'organes dans son portefeuille. Même ses proches avaient paru étonnés, puisqu'il ne leur en avait jamais parlé. En réalité, la carte lui avait été donnée par un copain de judo, chirurgien de son état, il l'avait remplie mécaniquement, sans trop réfléchir, un soir, à la sortie des vestiaires. Depuis plus de trois ans qu'elle stagnait entre ses papiers d'identité et sa carte de Sécurité sociale, il l'avait sans doute complètement oubliée. Cependant, ses parents, consultés pour la forme, avaient immédiatement donné leur aval pour une éventuelle transplantation de ses organes. Au moins, avaient-ils dit, que sa mort serve à quelqu'un. C'est ainsi que, dans la nuit même, une femme, en attente de donneur depuis plusieurs semaines, recevait son pancréas et son rein, tandis qu'un homme accueillait son foie et son autre rein.
Aujourd'hui, les deux vont bien. Cependant, voilà quelques jours, leurs médecins ont connu un moment d'inquiétude : l'homme, relativement âgé, il est vrai, a été brusquement victime de terribles démangeaisons sur le corps ; des plaques rouges étaient apparues, et même un début de gêne respiratoire. Jamais ils n'avaient vu cela. Pouvait-il s'agir d'un rejet ? Apparemment pas. Alors quoi d'autre ? En fait, leur patient avait simplement avalé en catimini une poignée de cacahuètes, son péché mignon, et venait de faire une réaction allergique à celles-ci. Ce qui ne lui était jamais, au grand jamais, arrivé auparavant.
Diagnostic
Ce cas illustre la possibilité de la transmission d'une allergie à la cacahuète après une transplantation hépatique. Il semble que le foie héberge des cellules capables de transmettre cette allergie.
Cette situation peut survenir également au cours d’une greffe de moelle osseuse. Il s’ensuit un transfert d’une allergie provenant d’un donneur allergique à une personne non allergique. Dans le cas d’une transplantation médullaire, cette sensibilisation peut survenir au cours des 12 mois qui suivent l’intervention et persister.