La fracture embarrassante

Le coup de foudre n'existe pas que dans les films, dit Hélène, en repensant à sa rencontre avec Patrick. À cela près que, dans la vie réelle, il n'y a pas de violons pour souligner l'événement. Encore que…

Patrick et Hélène travaillent dans la même entreprise, une firme de cosmétiques haut de gamme, filiale d'une grosse société américaine, dont le siège se trouve dans le quartier de la Madeleine, à Paris. Lui, directeur de formation, doit s'assurer que les produits de la marque sont bien connus des diffuseurs, et veiller à ce que les vendeuses, dans les magasins, soient à même de renseigner correctement les clients. Il a sous ses ordres une quinzaine de formatrices qui organisent des stages, à Paris et en province, à cet effet. Du coup, il est souvent en déplacement. Quant à Hélène, qui a récemment intégré le service commercial, elle a en charge toute la correspondance avec les gros distributeurs type Sephora.

Ils ont fait connaissance voilà deux ans, lors du séminaire d'automne organisé en Irlande, en septembre 1994. Hélène, qui n'avait travaillé jusqu'alors que dans des petites entreprises, n'avait jamais connu une réunion de ce genre : quelque deux cents personnes réunies pour quatre jours dans un somptueux hôtel quatre étoiles de la région de Killarney, au sud-ouest du pays. Une région magnifique qu'elle n'avait eue, hélas, que le temps d'entr'apercevoir. Il faut dire que tout avait été prévu pour que personne n'ait une minute de répit entre les réunions de travail, les promenades en calèche, un rallye-surprise dans la ville et les soirées en discothèque après le dîner.

C'est lors de la soirée de clôture, présidée par le P-DG venu des États-Unis, qu'Hélène avait remarqué pour la première fois cet homme d'une quarantaine d'années, au physique de play-boy de cinéma, qu'elle ne se souvenait pas d'avoir croisé précédemment. Au demeurant, pas du tout son genre. Habituellement, elle flashait plus facilement sur le style voyou à moto, en blouson de cuir. Et pourtant, elle était immédiatement tombée sous le charme. Et cela avait été réciproque. Patrick l'avait invitée à danser. Elle avait accepté. À peine avait-elle posé la tête sur son épaule qu'elle s'était sentie en confiance, s'abandonnant tout entière à ses bras. Quelques minutes plus tard, ils s'éclipsaient discrètement. Cette nuit-là, ils n'avaient pas beaucoup dormi.

De retour à Paris, il avait fallu, pour chacun d'eux, apprendre à gérer cette situation inédite. Patrick était marié, et sa femme enceinte de leur troisième enfant. Même s'il était indéniablement amoureux d'Hélène, il ne voulait pas entendre parler de divorce pour le moment. Elle-même, du reste, ne savait pas très bien où elle en était. Elle s'était mariée très jeune, 17 ans à peine, et, si l'on ne pouvait plus vraiment parler d'amour entre Jacky et elle, une indéfectible affection continuait à les réunir. Elle n'avait pas envie de le faire souffrir.

C'est ainsi qu'Hélène et Patrick avaient été amenés à s'organiser peu à peu une existence parallèle à leurs vies de couple respectives. Ils étaient devenus des amants clandestins, se retrouvaient plusieurs fois par semaine dans de petits hôtels pour faire l'amour avec une passion que rien ne semblait altérer.

Périodiquement, Hélène se demande si Jacky ne commence pas à avoir des soupçons. À plusieurs reprises déjà, il lui a posé des questions sur ses retards répétés. Jusqu'à présent, elle a toujours réussi à s'en tirer par des pirouettes, prétextant une surcharge de travail au bureau. Elle-même s'interroge aussi. Va-t-elle pouvoir mener longtemps cette double vie, ces rencontres à la sauvette, sur un dessus-de-lit pelucheux en acrylique ? Elle voudrait enfin une vraie nuit, pleine et entière, avec Patrick. Comme celle de leur rencontre, à Killarney.

Jacky lui a annoncé, le mois dernier, qu'il avait l'intention d'aller passer huit jours de vacances chez ses parents, en Bretagne. Viendrait-elle avec lui ? Une fois encore, elle s'était servie de son boulot comme alibi : « ce n'est vraiment pas le moment, mon chéri, on est en plein lancement du nouveau parfum ». Elle s'était sentie rougir en énonçant son mensonge, mais l'occasion était trop belle. Elle allait enfin l'avoir, sa nuit avec Patrick.

Le jour même du départ de Jacky, Patrick la retrouve chez elle. Elle a préparé un petit dîner d'amoureux. Mais ils ne prennent pas le temps de se mettre à table. Le désir qu'ils ont l'un de l'autre est trop pressant. La gastronomie viendra plus tard. Ils se jettent sur le lit ouvert. Mais, soudain, alors qu'ils sont en pleine étreinte sexuelle, ils entendent une clé tourner dans la serrure de la porte d'entrée. Sous l'effet de la panique, Patrick se retire brutalement. Il s'écroule au pied du lit en poussant un hurlement, victime d'une rupture des corps caverneux.

Diagnostic

La fracture du pénis, encore appelée « Texas Trauma » ou « Bent Nail Syndrome », est exceptionnelle. Notre patient, dont le pénis était en érection, s'est retiré brutalement, puis est tombé sur le sol. Il s'est alors produit une rupture des corps caverneux, partie de la verge qui se gonfle de sang lors d'une érection, provoquant un craquement alors qu'il n'existe pas d'os dans le pénis. La fracture de pénis est un accident très douloureux et traumatisant qui survient au cours d’une relation sexuelle. Lors de l’accident un bruit de craquement survient et l’érection stoppe immédiatement.

Se sont ensuivis alors de violentes douleurs, un hématome, une déformation de la verge et des troubles de l'érection. Il est souvent nécessaire de suturer les corps caverneux, puis d'immobiliser le pénis dans un pansement ou une attelle et de prendre des antalgiques afin de calmer la douleur. Celle-ci disparaît progressivement, mais le pronostic fonctionnel n'est pas toujours favorable, car des effets secondaires sérieux peuvent apparaître comme par exemple une dysfonction érectile ou une déviation de la verge au cours de l’érection.