Mary

Mary, célibataire de 36 ans, habite la banlieue londonienne et travaille comme agent de service dans une école. C'est une femme au physique disgracieux, un peu forte, qui déborde de sympathie envers ses collègues et les enfants qu'elle côtoie. Malheureusement depuis l'adolescence, Mary soufre d'un handicap terrible qu'elle a du mal à surmonter : elle dégage une mauvaise odeur.

Pourtant, elle prend soin de se changer chaque jour, alternant savamment une incroyable collection de sweaters aux couleurs pastel. Pour rien au monde, elle ne supporterait une tenue négligée. Chaque matin, elle passe un long moment sous la douche, se récurant énergiquement au savon et au gant de crin. Il lui arrive même, quand elle en a l'occasion, de procéder à une nouvelle toilette, tout aussi méticuleuse, en cours de journée. Et pourtant, malgré tout ça, rien n'y fait : elle indispose tout son entourage par ses odeurs corporelles. Elle vit un véritable drame.

Elle ne sort jamais en dehors de son activité professionnelle et n'a pas d'amis. Depuis plusieurs années, Mary est suivie par un psychiatre pour une dépression sévère secondaire à ses problèmes d'odeur. C'est par un curieux hasard qu'elle découvre l'origine de ses malheurs en feuilletant un magazine. Mary est atteinte du syndrome de l'odeur de poisson.

Diagnostic

Le syndrome de l'odeur de poisson, appelé « Fish Odor Syndrome » ou triméthylaminurie est une pathologie métabolique héréditaire caractérisée par une forte odeur corporelle similaire à celle de poisson en cours de décomposition. La prévalence reste inconnue, mais une étude révèle que 1 % de la population britannique serait porteuse de la mutation.

Reconnue en 1970, le syndrome de l’odeur de poisson est caractérisé par une odeur corporelle évoquant le poisson pourri chez des sujets en bon état général. Il est dû à la sécrétion dans la respiration, l’haleine, la salive, la sueur, l'urine, les sécrétions vaginales et autres sécrétions corporelles de la tryméthylamine. Cette amine volatile et malodorante est le résultat de la dégradation par les bactéries intestinales de certains composés alimentaires, tels que la choline et la carnitine. Cette anomalie entraîne des troubles psychologiques sévères, tant le handicap est lourd à surmonter dans la vie quotidienne. Les sujets sont isolés, repliés sur eux-mêmes et présentent des épisodes de dépression parfois sévère. La puberté, la transpiration, les règles peuvent aggraver cette anomalie.

La sensation de dégager une mauvaise odeur peut s’aggraver après un effort, une augmentation de température et le stress. La période des règles peut représenter un autre facteur déclenchant.

Les patients peuvent s’isoler peu à peu et se renfermer sur eux-même, rencontrer des difficultés dans le milieu scolaire s’il s’agit d’enfants ou d’adolescents ou dans leur vie professionnel, présenter une dépression, avoir des idées suicidaires et avoir progressivement un comportement obsessionnel vis-à-vis de la propreté.

Les anti-transpirants, les déodorants, les bains fréquents et l'utilisation de savons avec un pH neutre sont conseillés.

Des conseils diététiques sont indispensables pour aider les patients atteints. Une alimentation pauvre en choline (éviter les œufs, le foie, le soja et les pois) et en poissons de mer, permet de diminuer la mauvaise odeur. Un traitement d'antibiotiques réduisant l'activité de la flore intestinale peut participer à une diminution des mauvaises odeurs.

Une prise en charge psychotérapeutique est vivement conseillée.