Un régime riche en fer
Il est près de minuit, le dimanche 2 janvier 1997, quand Ricardo arrive, seul, aux urgences du centre hospitalier universitaire de Lyon. À l'accueil, il se plaint auprès de l'infirmière de violentes douleurs abdominales, qui le plient en deux par moments, comme s'il recevait un uppercut dans l'estomac. Manifestement, il ne simule pas. Au demeurant, ses traits tirés témoignent des souffrances qu'il endure. L'interne qui l'examine une demi-heure plus tard constate qu'il présente une forte fièvre et décide de le garder en observation jusqu'au lendemain.
Avec ses cheveux blonds, coupés court, ses yeux gris-bleu et sa taille moyenne, le jeune homme ne présente pas le moindre signe physique distinctif. Aux questions du médecin, il répond sans détour, n'annonce aucun antécédent médical grave, en dehors des maladies infantiles classiques, prétend ne pas connaître d'allergie particulière et semble avoir toujours été en parfaite santé. Sa fiche d'admission ne signale rien de particulier. Âgé de 32 ans, il est célibataire, sans enfant, et se dit secrétaire comptable dans une entreprise de construction mécanique de la région. L’échographie révèle des images très curieuses.
Au matin, la fièvre de Ricardo n'est toujours pas tombée, et le médecin qui l'examine à nouveau songe à une péritonite. Selon lui, il faut opérer de toute urgence. Dans les minutes qui suivent, Ricardo est placé sur un chariot, et deux infirmiers le dirigent, séance tenante, vers le bloc opératoire où on le place immédiatement sous anesthésie. À cet instant, le chirurgien, la panseuse et l'anesthésiste sont très loin d'imaginer ce qu'ils vont découvrir en opérant ce jeune homme sans histoire. C'est en effet un bric-à-brac incroyable qu'ils vont extraire du ventre de leur patient : des cuillères, des clous, des pièces de monnaie, des vis, un rasoir et un couteau de poche. En tout, près d'un kilo d'objets métalliques en tout genre.
Diagnostic
Il est décrit de nombreux cas d'avaleurs d'objets ayant vécu des années avec plusieurs kilos de métal dans leur estomac distendu. En 1927, plus de deux mille objets furent retrouvés dans le corps d'un Américain qui se plaignait de douleurs abdominales. Plus proche de nous, un homme de 40 ans est connu pour avaler un kilo de métal par jour : il a ainsi consommé vingt bicyclettes, cinq télévisions, un ordinateur, des caddies. En étant exposés dans des foires, ces individus gagnent leur vie de cette manière.
Les risques médicaux ne sont pas négligeables : douleurs abdominales, hémorragies, éventration, surinfection. Ils peuvent parfois conduire à la mort.