David Teniers le Jeune, Fête villageoise, vers 1650.
Huile sur cuivre, 69 x 86 cm. Museo Nacional del Prado, Madrid.
C’est sur les bords du Rhin qu’apparut la première éclosion de l’art chrétien en Allemagne. Le cours du fleuve, en facilitant les relations de Cologne avec le Midi et avec les Flandres, avait procuré à cette ville et à la contrée avoisinante une prospérité et une culture plus précoces que celles du reste de l’Allemagne qui, déchirée par des luttes violentes, ne devait que beaucoup plus tard atteindre le même degré de civilisation. Mais, tandis que la poésie des Minnesänger abonde chez les Allemands, en traits pittoresques, et que le mystère des grandes forêts, le retour du printemps, les fleurs et le chant des oiseaux y sont à chaque instant célébrés, ces détails poétiques inspirés par l’amour de la nature font complètement défaut à leurs peintres.
C’est à peine si, dans les tableaux de l’École rhénane primitive, quelques fleurs et quelques plantes, rendues d’une façon très sommaire, se glissent timidement sous les pieds des saints, ou se détachent sur l’or qui sert de fond à ces figures. Plus touchant et plus personnel, Stephan Lochner (1405-1451), l’auteur de l’admirable triptyque de L’Adoration des Mages (le Dombild de la cathédrale de Cologne), manifeste dans son art ce charme de pureté, de douceur et de tendresse que Fra Angelico et Memling avaient su, peu de temps avant lui, mettre dans leurs œuvres. À ces Vierges candides et suaves que, comme eux, il aimait à peindre, il se plaît à associer les harmonies les plus tendres et les parfums les plus délicats de la nature, comme le seul hommage digne de ces créatures d’élite. Des oiseaux chantent parmi les buissons de roses qu’il entrelace derrière elles, et des fraises mûres, à côté de violettes printanières, émaillent les gazons où elles reposent. Bientôt après, d’ailleurs, avec les luttes intestines qui désolent incessamment l’Allemagne entière, l’art, impuissant à se développer, s’alanguit peu à peu, et ses allures incohérentes répondent à la vie agitée de cette époque. Et pourtant, au milieu même d’une période si troublée, un maître allait surgir dont le génie rendrait à cet art un éclat tout à fait imprévu. Très supérieur à ses devanciers et à ses contemporains par son double talent de peintre et de graveur, Albrecht Dürer (1471-1528) ne se dégage pas cependant tout à fait des traditions. Il subit des influences multiples : celle de Michael Wolgemut dont, pendant plus de trois ans, il reçoit les leçons ; plus tard, celles de Jacopo de Barbary et de Mantegna. Il est bien de son temps, et, comme peintre, ainsi que ses confrères, il reste dans sa patrie un représentant attardé du Moyen Âge, au moment où déjà le mouvement de la Renaissance s’est accusé. Mais, dans ses dessins de paysage, dans le choix des motifs qui l’attirent de préférence, aussi bien que dans sa manière d’interpréter la nature, il est absolument original et se révèle un novateur.