Jacob van Ruysdael, Paysage hivernal, vers 1670-1675.

Huile sur toile, 37,3 x 46 cm. Collection privée.

 

 

On ne saurait mieux dire, en vérité, et il convient en présence du Moulin à eau, de ressentir l’admiration si délicatement exprimée par Fromentin, sans être tenté pour cela de lui sacrifier Le Buisson de Van Ruysdael et de le trouver « jaunâtre, cotonneux, et un peu rond de pratique ».

Pourquoi l’artiste capable de peindre LAllée de Middelharnis et Le Moulin à eau a-t-il produit tant d’œuvres inférieures ? On ne saurait le dire, et l’on reste confondu de l’inégalité de ces œuvres.

Si, comparé à Van Ruysdael, Hobbema, nous l’avons dit, est moins fécond, moins varié, il a su du moins reproduire avec un talent incontestable certains côtés de la nature hollandaise qu’avait négligés son maître. Plus accessible aux impressions aimables, il ne se sentait pas attiré comme lui par les aspects sauvages de la dune, ni par les tristesses ou les fureurs de la mer. Parmi les beaux ombrages et les eaux vives, il a pris plaisir à nous montrer, sous un clair soleil, des maisons agréablement dispersées dans la plaine et dont les toits rouges émergent de la verdure. C’est le mérite et le charme de quelques-unes de ses meilleures œuvres qui l’ont tiré de la foule de ses rivaux ; c’est par elles qu’il s’est signalé comme un artiste de race et qu’il a mérité à côté, un peu au-dessous de son maître, une place d’élite dans l’École hollandaise.

Après Hobbema, on ne trouvera plus ni ce talent, ni cette vérité et cette franchise d’impressions. La monotonie qu’on peut reprocher à quelques-uns de ses ouvrages va devenir le défaut de la plupart de ses successeurs. Dans les fades compromis où ils essaient en vain de marier le style et la nature, ils se borneront désormais à l’exploitation routinière des sujets qui ont chance de plaire aux amateurs. La sève est épuisée, et avec ces finisseurs à outrance et ces imitateurs qui se copient incessamment les uns les autres, l’École hollandaise, ayant perdu sa force et son originalité, est sur le point de disparaître. Venu à son déclin, Hobbema est un des derniers de ses grands paysagistes.

 

Les Peintres de la mer, des plages et des villes hollandaises

 

Si longue que soit la liste des paysagistes hollandais dont nous avons déjà parlé, elle est pourtant fort incomplète, et avant d’en venir a Rembrandt il nous faut signaler brièvement quelques-uns des artistes les plus éminents qui, en nous montrant d’autres aspects de leur pays, en ont ainsi complété pour nous la fidèle image. Les peintres de marines sont de ce nombre.

Dès les commencements de l’École hollandaise, la mer a tenu, dans les œuvres de ses peintres, une place considérable, bien en rapport, d’ailleurs, avec l’importance qu’elle a dans la vie même de la nation. C’est, en effet, un ennemi qu’il faut contenir et vaincre tous les jours, mais qui, dompté par la ténacité vigilante d’un peuple courageux, est devenu pour lui, au moment de la lutte contre l’étranger, la sauvegarde de son indépendance et, après la paix, le principal élément de sa prospérité. En s’attachant exclusivement à la peinture de la mer, les maîtres hollandais créaient un genre nouveau et vraiment national.

Willem Ier van de Velde, qui n’a laissé qu’un très petit nombre de peintures, d’ailleurs assez médiocres, avait acquis une telle habileté à dessiner les vaisseaux et les embarcations de toute sorte, et son talent à cet égard était si apprécié de ses contemporains, qu’il avait été chargé par l’amirauté hollandaise d’exécuter un grand nombre de dessins représentant des combats sur mer. La supériorité de Van de Velde en ce genre avait même attiré l’attention de Charles II qui, en lui offrant le titre de peintre du roi, avec des appointements assez élevés, le décidait à se fixer en Angleterre. Jacques II lui ayant conservé sa charge, l’artiste était demeuré à Londres où il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans. Son fils aîné, Willem II, le frère d’Adrien, après avoir appris de son père les éléments de son art, était entré ensuite dans l’atelier de Simon de Vlieger. La vérité scrupuleuse que Willem van de Velde apportait à ses études était fort goûtée de ses compatriotes, et ce n’est pas seulement parmi les peintres qu’il rencontrait des admirateurs. Les marins pouvaient attester au point de vue technique la justesse absolue de ses représentations. Familiers avec tout ce qui a trait à la mer, les Hollandais n’auraient pas admis d’erreurs ou d’à-peu-près en pareille matière, et le savoir acquis par Willem van de Velde lui permettait de satisfaire les plus exigeants. Dans un de ses premiers ouvrages, cette Marine, datée de 1653, il a su exprimer avec un rare bonheur l’impression de ce calme complet qu’on n’a pas souvent occasion d’observer sur la mer du Nord. Des barques habilement groupées élèvent dans l’air tranquille leurs voiles qu’aucun souffle ne gonfle et que l’eau immobile reflète avec une netteté parfaite. La douceur du coloris, la tiède moiteur de l’atmosphère, le charme pénétrant de cette lumière caressante qui adoucit tous les contours, tout dans cette œuvre exquise témoigne d’une étude attentive et intelligente de la nature.