Richard Wilson, Vue du Windsor Great Park, vers 1765.
Huile sur toile, 106,9 x 140,0 cm.
National Museum Wales, Cardiff.
Depuis longtemps l’Angleterre était devenue une nation puissante et prospère : elle avait donné le jour à un auteur dramatique tel que Shakespeare, à des philosophes comme Bacon et Newton, mais elle n’avait pas encore produit un seul artiste. Ses souverains sentaient que l’art est la parure d’une cour, et à diverses reprises ils cherchèrent à attirer auprès d’eux quelques-uns des maîtres du continent. Pour ne citer que les plus grands, Rubens et Van Dyck avaient fait à Londres des séjours plus ou moins prolongés, comblés des faveurs royales et patronnés par les membres de l’aristocratie. Dans les collections que ceux-ci avaient formées, les paysagistes tenaient une place importante et, parmi eux, le Lorrain, Van Ruysdael, Hobbema et Cuyp, qui jouissaient surtout de la vogue, devaient nécessairement exercer une influence considérable sur la formation et le développement des premiers paysagistes anglais. Avant ceux-ci, d’ailleurs, les écrivains avaient compris et exprimé les beautés de la nature. On sait quel poétique intérêt ajoutent aux épisodes les plus pathétiques des drames de Shakespeare les paysages indiqués par lui en quelques traits saisissants : la lande où les sorcières promettent à Macbeth la royauté ou les prairies enveloppées de vapeurs et baignées de rosée parmi lesquelles s’ébattent les petits génies du Songe d’une nuit d’été. Les poètes lakistes n’avaient épargné aucun détail dans la description des campagnes qui servent de cadre à leurs compositions rustiques. Enfin la création des jardins anglais dans lesquels, rompant avec la symétrie et la raideur géométriques jusque-là en honneur, les décorateurs des résidences princières s’appliquaient les premiers à respecter la nature, atteste le goût croissant qu’on avait pour elle vers le milieu du XVIIIe siècle. Il semble donc que tout fût préparé pour l’avènement d’une École de paysage en Angleterre. Mais l’art avait longtemps tardé à profiter des ressources que la nature lui offrait avec une merveilleuse prodigalité. Les peintres restaient indifférents à ses beautés pittoresques et quand Richard Wilson s’avisa, le premier, de demander à la nature les motifs de ses tableaux, c’est en Italie qu’il vint les chercher. C’étaient, en général, des vues d’Italie ou des paysages académiques dans lesquels l’influence du Lorrain était manifeste. Wilson s’était installé à la campagne, dans le comté de Denbigh. C’est là qu’il mourut en 1782, et les derniers ouvrages qu’il y peignit témoignent par leurs colorations plus vives et leurs données moins conventionnelles de l’heureuse action qu’avait eue sur son talent ce commerce plus intime avec la nature.
Un peintre né en 1768, John Crome, mérite d’être cité pour la sincérité et la justesse de son interprétation de la nature. C’est par une recherche de la vérité et un talent supérieur que se distingue « Old Crome ». Avec des scrupules bien nouveaux jusque-là, Crome, on le voit, s’est appliqué à respecter de tout point le caractère des lieux qu’il peignait, à nous en montrer sans réticence les coins les plus farouches et les plus déshérités. Sa conscience et ses exemples lui suscitaient bientôt des imitateurs et il groupait autour de Norwich une petite école provinciale d’où devaient sortir quelques artistes distingués.