Présentation
Qui était Molière ?
Le choix du théâtre
Jean-Baptiste Poquelin – qui deviendra le célèbre Molière – naît à Paris en 1622, dans une famille appartenant à la bourgeoisie aisée. Son père exerce le métier de tapissier. Cette fonction lui permet, sans être noble, de fréquenter la plus haute aristocratie. En 1631, alors que Jean-Baptiste est encore enfant, il achète la charge de « tapissier ordinaire et valet de chambre du roi » : c'est à lui que revient le soin de décorer les appartements du souverain, et le grand honneur… de rabattre la couverture de son lit chaque matin ! Deux ans plus tard, cette charge devient héréditaire : elle échoira de droit à Jean-Baptiste. L'avenir du jeune homme semble donc tout tracé : aujourd'hui les études – en latin – au collège de Clermont (l'actuel lycée Louis-le-Grand), et demain, afin de se familiariser aux manières des grands, la faculté de droit, puis le métier de tapissier et la carrière à la cour…
C'est sans compter un événement inattendu : l'amour que Jean-Baptiste se découvre pour le théâtre et pour la comédienne Madeleine Béjart. La rencontre de la jeune femme en 1643 modifie le cours de sa vie : il renonce à la charge de tapissier, qu'il cède à son frère cadet, et, à vingt et un ans, entreprend, avec Madeleine et ses frères, de monter une troupe qu'ils baptisent « l'Illustre-Théâtre ». L'année suivante, il choisit le pseudonyme sous lequel il connaîtra la gloire : Molière.
La décision du jeune garçon est audacieuse : si la carrière d'homme de théâtre peut sembler plus exaltante que la voie à laquelle sa naissance l'a destiné, elle est aussi plus hasardeuse. En effet, la profession de comédien est méprisée par la société et condamnée par l'Église1. En outre, pour les jeunes acteurs de l'Illustre-Théâtre, le succès est loin d'être assuré. Bien que le théâtre soit un divertissement à la mode, tant auprès d'un public populaire que de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie, les salles qui lui sont dédiées sont encore peu nombreuses. En outre, de grandes compagnies tiennent le haut de l'affiche à Paris, si bien qu'il est difficile pour une petite troupe de trouver sa place. En deux ans, l'Illustre-Théâtre accumule plus de dettes que de succès, et finit par faire faillite. En 1645, incapable de rembourser l'argent qu'il doit à ses fournisseurs, Molière est envoyé en prison.
De la prison au théâtre du Palais-Royal
Malgré cet échec, Molière ne renonce pas à sa vocation : avec Madeleine Béjart, Geneviève et Joseph (la sœur et le frère de la jeune femme), il rejoint la troupe itinérante du comédien Dufresne qui sillonne le pays. Leur tournée durera treize ans. Molière prend rapidement la tête de la compagnie, pour laquelle il écrit ses premières comédies : L'Étourdi, qu'il monte à Lyon en 1655, puis le Dépit amoureux, à Béziers l'année suivante. La troupe trouve son public, accroît sa renommée, et reçoit des subventions de mécènes2 de plus en plus puissants : d'abord le duc d'Épernon, puis le prince de Conti – troisième personnage de la cour, après le roi et son frère. Mais, en 1656, ce dernier se convertit à une forme intransigeante de catholicisme – qui voit le théâtre d'un très mauvais œil – et lui retire son soutien. Démunis, les acteurs décident de retenter leur chance à Paris.
Peu après son arrivée dans la capitale, en 1658, la troupe est placée sous la protection de « Monsieur », Philippe d'Orléans, frère du roi. C'est par son intermédiaire que, pour la première fois, Molière est invité à jouer devant le souverain. L'enjeu de cette représentation est de taille : le roi Louis XIV accorde un rôle central aux arts et sait se montrer généreux à l'égard des artistes talentueux. Lui plaire signifie avoir peut-être la chance de bénéficier d'une subvention, qui mettrait la troupe à l'abri du besoin, et se voir attribuer une des salles de théâtre qui viennent d'être construites à Paris… Molière choisit d'interpréter une tragédie de Corneille, Nicomède, et une farce qu'il a écrite lui-même, Le Docteur amoureux. Le roi bâille devant la tragédie mais rit à la petite farce. Dès lors, il offre à la troupe de Molière la scène du théâtre du Petit-Bourbon, qu'elle partage avec les comédiens-italiens menés par Tiberio Fiorilli (1600-1694), plus connu sous le nom du personnage qu'il interprète : Scaramouche. C'est sur cette scène que la troupe de Molière connaît ses premiers succès : Le Médecin volant (1659), Sganarelle ou le Cocu imaginaire et La Jalousie du Barbouillé (1660). En 1661, les deux troupes déménagent dans le prestigieux théâtre du Palais-Royal : Molière est alors l'un des dramaturges les plus célèbres de France.
Molière, comédien du roi
Désormais, il compose des pièces pour son théâtre ou sur commande, pour agrémenter les fêtes données par de riches aristocrates. À l'occasion d'une réjouissance programmée en l'honneur du roi, son puissant surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, demande à Molière de créer un spectacle avec le chorégraphe Pierre Beauchamps. En août 1661, les deux artistes montent Les Fâcheux, une pièce qui mêle comédie, ballets et chants : c'est la naissance d'une forme de spectacle inédite, la comédie-ballet. En proposant un divertissement qui cumule les genres préférés de son roi – la musique, la danse et le théâtre –, Fouquet a vu juste : Louis XIV est enchanté par le spectacle.
La carrière de Molière s'accélère alors : en 1663, le monarque l'invite au château de Versailles afin qu'il y représente plusieurs spectacles, dont Les Fâcheux. En 1664, il lui commande une nouvelle comédie-ballet, pour laquelle il lui impose de collaborer avec un jeune et talentueux musicien d'origine italienne qu'il apprécie tout particulièrement, Jean-Baptiste Lully. Ce sera Le Mariage forcé. Quelques mois plus tard, les deux artistes bénéficient d'un budget important pour créer un spectacle qui constituera l'un des clous d'une fête somptueuse organisée par le roi dans les jardins du château de Versailles, Les Plaisirs de l'Île enchantée. Le musicien et le dramaturge relèvent le défi avec brio : La Princesse d'Élide recueille les suffrages de la cour et du roi, et accroît encore la gloire de Molière. Le succès rencontré auprès de Louis XIV ne se démentira pas : en 1665, il accorde à la troupe de Molière le titre de « troupe du roi ».
Le triomphe à la cour et à la ville
Entre 1664 et 1671, au rythme d'un à deux spectacles par an, Molière et Lully créent ensemble onze comédies-ballets, dont L'Amour médecin (1665), Le Sicilien ou l'Amour peintre (1667), George Dandin (1668) et Le Bourgeois gentilhomme (1670). Ces spectacles sont représentés dans les plus beaux châteaux du roi, devant le souverain et sa cour, puis repris dans une version plus simple sur la scène du Palais-Royal, pour le public parisien. Parallèlement, Molière continue d'écrire et de mettre en scène d'autres pièces, à la cour (c'est-à-dire devant le roi) et à la ville (dans la salle du Palais-Royal). Il alterne les petites comédies (proches de celles qui constituèrent son premier succès), comme Le Médecin malgré lui (1666) et Les Fourberies de Scapin (1671), et les grandes comédies, qui entendent rivaliser avec la prestigieuse tragédie, composées comme cette dernière en cinq actes et parfois en vers : ainsi en est-il de L'École des femmes (1662), du Misanthrope (1666) et des Femmes savantes (1672). Beaucoup de ces spectacles rencontrent un grand succès et, même si certaines pièces font scandale – comme Le Tartuffe et Dom Juan, qui attaquent l'hypocrisie religieuse –, Louis XIV multiplie les signes d'amitié à l'égard du comédien et lui accorde de généreuses subventions !
Toutefois, le statut privilégié de Molière, ainsi que ses pièces dans lesquelles il n'hésite pas à attaquer les hommes les plus puissants du royaume, lui attirent de solides rancunes. Ses ennemis lui reprochent son immoralité, dans ses pièces comme dans sa vie privée : quand il épouse Armande Béjart, la sœur cadette de Madeleine, se met à courir la folle rumeur qu'il s'agit en réalité de la fille de Madeleine, voire de la propre fille de Molière ! En outre, en 1671, une dispute met fin à sa collaboration avec Lully.
Molière continue cependant à mettre en scène ses spectacles. Il monte une dernière comédie-ballet, en collaboration avec Marc Antoine Charpentier : Le Malade imaginaire. Il meurt un soir de février 1673, quelques heures après avoir interprété sur scène le rôle principal de cette dernière pièce. Le prêtre arrive trop tard pour lui faire abjurer sa profession de comédien, condition alors indispensable pour être enterré religieusement. Néanmoins, grâce à l'intervention de Louis XIV, Molière est inhumé au cimetière Saint-Joseph, au cours d'une cérémonie nocturne. Après sa mort, ses spectacles seront souvent repris, avec beaucoup de succès, aussi bien à la cour qu'à Paris.
La comédie-ballet,
à la croisée des genres
La comédie-ballet est un genre composite, qui mêle de manière originale des éléments issus de spectacles très différents : la tradition populaire de la farce et la fantaisie de la commedia dell'arte – pour la comédie –, et les ballets sophistiqués que l'on donne dans les palais du roi – pour les parties dansées et chantées.
La farce
La farce est une forme de théâtre comique qui remonte au Moyen Âge. Enfant, Molière a pu assister à ces spectacles populaires : dans les foires, le public est nombreux à apprécier ces comédies, et il arrive que des « opérateurs » (médecins autodidactes qui proposent leurs services à peu de frais) engagent des comédiens pour attirer la foule devant leur échoppe. Pièces courtes, les farces mettent en scène des personnages issus du peuple, qui s'expriment dans un langage familier et sont volontiers caricaturaux. Le trio qui réunit l'amant rusé, la femme infidèle et le mari cocu est décliné sous toutes ses formes pour faire rire le public. Les comédiens n'hésitent pas à recourir à un humour grossier, voire obscène. Le comique s'appuie en grande partie sur le jeu des acteurs : gestes endiablés, imitation des accents les plus divers, mimiques expressives, etc. Dans Le Malade imaginaire, les allusions aux selles d'Argan s'inscrivent dans cette tradition farcesque, mais l'intrigue, élaborée, s'en distingue : elle repose, comme souvent dans les comédies de Molière, sur le thème du mariage contrarié (Argan refuse de marier sa fille à un prétendant qui ne soit pas médecin).
La commedia dell'arte
Pour ses comédies-ballets Molière emprunte également au répertoire de la troupe avec laquelle il partage le théâtre du Palais-Royal : la commedia dell'arte (« théâtre de professionnels », en français). L'expression désigne une forme théâtrale pratiquée par les premières troupes professionnelles de comédiens italiens entre le milieu du XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Elle est importée en France à la fin du XVIe siècle par des troupes itinérantes qui proposent leurs spectacles en province et à Paris. Au milieu du XVIIe siècle, elle connaît un succès croissant dans la capitale, qui, dès 1653, accueille la troupe italienne de Scaramouche. Les spectacles de la commedia dell'arte mettent en scène des personnages récurrents et stéréotypés, que les spectateurs reconnaissent grâce à leur costume et à leur masque : des valets rusés (comme Arlequin), des vieillards avares (Pantalon), des jeunes filles amoureuses (Colombine)…
Le texte des pièces n'est pas écrit : un simple canevas, préparé par le chef de troupe, résume les étapes importantes de l'intrigue et les principaux gags (lazzi). Cette esquisse de scénario laisse les comédiens libres d'improviser certaines scènes et de réinventer l'intrigue au fur et à mesure des répétitions. Ils privilégient ainsi un jeu « naturel », moins codifié que celui des comédiens français de la même époque. L'intrigue est en outre secondaire par rapport aux effets de comique : peu importe que les situations soient abracadabrantes pourvu que le public rie !
Dans Le Malade imaginaire, on perçoit l'influence de la commedia dell'arte dans le personnage de Toinette, une servante rusée qui constitue une sorte de double féminin d'Arlequin, et dans ceux d'Angélique et de Cléante, un couple typique de jeunes amants issus chacun de bonne famille dont le mariage est empêché par le père extravagant de la jeune fille. Mais l'influence de la commedia dell'arte sur Le Malade imaginaire est surtout perceptible dans les personnages de médecins, ridicules et arrogants, qui rappellent le Dottore (« Docteur », en italien), dont l'ignorance n'a d'égale que la prétention. Enfin, les intermèdes musicaux mettent en scène un personnage phare de la commedia dell'arte, Polichinelle3. Même si celui-ci n'apparaît pas dans les spectacles de la troupe de Scaramouche, son costume blanc et son colachon – instrument à cordes remplacé par un luth dans la pièce de Molière – sont bien connus du public parisien, qui le voit évoluer dans de nombreux ballets de cour.
Les ballets de cour et le théâtre en musique
Les ballets constituent une autre source d'inspiration de Molière. À la cour du Roi-Soleil, ils occupent une place centrale : Louis XIV les apprécie car ils lui permettent de se mettre en scène en monarque tout-puissant. Aussi organise-t-il régulièrement de somptueux ballets de cour, comme Les Fêtes de Bacchus en 1651 et L'Amour malade en 1657. Ces spectacles, dans lesquels danse la noblesse – et parfois le roi lui-même –, mêlent la musique, le chant, la danse et de courts passages dialogués qui rapprochent le genre du théâtre. Mais, à la différence des pièces de Molière notamment, ils ne présentent pas de réelle intrigue : ils sont constitués de différents tableaux qui s'enchaînent, simplement liés entre eux par un thème commun.
En 1661, lorsque Fouquet demande à Molière de s'associer à un musicien pour créer un nouveau divertissement royal (Les Fâcheux), le dramaturge puise dans son expérience du ballet de cour. En effet, avant de composer ses comédies-ballets, il a assisté à de nombreux spectacles dansés et chantés et en a même conçu un en l'honneur du prince et de la princesse de Conti (monté à Montpellier en 1655). Le succès de cette première comédie-ballet consacre l'alliance du théâtre et de la danse. Molière n'est cependant pas le premier dramaturge à travailler au côté d'un musicien pour créer un spectacle où se mêlent ces différents arts. Depuis les années 1650, les auteurs dramatiques ont pris l'habitude d'intégrer des passages chantés à leurs pièces, sous l'influence de l'opéra – genre nouveau venu d'Italie et qui enchante le public français. On peut assister à la cour à de nombreuses pastorales chantées, c'est-à-dire des spectacles qui mettent en scène les amours de bergers et de bergères dans une campagne idéalisée, reprenant ainsi un thème littéraire de l'Antiquité. Certaines tragédies sont également accompagnées de musique, comme Andromède de Corneille, montée en 1650 en collaboration avec le musicien d'Assoucy, et que Molière reprendra, avec sa troupe, trois ans plus tard.
Dans Le Malade imaginaire, Molière s'inspire de la pastorale pour ses personnages mythiques et son atmosphère champêtre ; aux ballets de cour, il emprunte les chorégraphies et certains thèmes ou motifs : ainsi, la pièce s'achève par une scène en musique où le héros obtient son diplôme de médecin… ou plutôt, selon Molière, de charlatan ! De même, la réception d'un imbécile nommé Docteur est un épisode récurrent des ballets de cour. La grande innovation de Molière consiste à faire de cette scène un passage à la fois chanté et dansé dont il élargit la portée : loin d'être un simple gag, le troisième intermède constitue le dénouement de l'intrigue elle-même.
Le Malade imaginaire
Un spectacle musical créé pour le Carnaval
Le Malade imaginaire est la première comédie-ballet de Molière qui ne soit pas représentée devant le roi du vivant du dramaturge. Pourtant, il ne faut probablement pas voir dans cette singularité la marque d'un discrédit de Molière auprès du roi, mais plutôt la conséquence d'une dispute qui met fin à la collaboration de Molière et de Lully, quelques mois plus tôt. En effet, le musicien italien a su se montrer assez habile pour obtenir du roi l'exclusivité des spectacles musicaux destinés à la cour (ces derniers relèvent désormais de l'Académie royale de musique, que Lully dirige). Le Malade imaginaire étant un spectacle musical, si Molière ne travaille plus avec Lully mais avec un autre musicien, la pièce ne peut plus être représentée dans un palais du roi – au Louvre ou à Versailles – mais doit être créée « pour la ville », c'est-à-dire pour le théâtre du Palais-Royal. Cette contrainte n'empêche pas Molière de travailler avec un grand musicien, Marc Antoine Charpentier, et avec le chorégraphe de ses comédies-ballets précédentes, Pierre Beauchamps, afin de créer un spectacle comique, chanté et dansé, pour le Carnaval de 1673. Et de la dédier, dans son prologue… au roi4 !
Une satire de la médecine
Le Malade imaginaire met en scène un héros nommé Argan, interprété par Molière lui-même, qui se trouve être la naïve victime de la charlatanerie des médecins. Alors qu'il est en pleine forme, il leur fait confiance au point de croire à tous leurs diagnostics et de se penser très malade… Pour avoir auprès de lui une personne qui puisse le soigner, et aussi pour économiser les précieux deniers qu'il dépense chez son apothicaire, il veut obliger sa fille à épouser un médecin, même si celui-ci est laid, idiot et désagréable ! Conçue comme une véritable comédie, la pièce prend néanmoins une dimension nouvelle lorsque, quelques heures après la fin de la quatrième représentation, Molière, qui vient d'interpréter son personnage d'hypocondriaque5 sur scène, succombe lui-même à une maladie bien réelle. À la lumière de ce tragique événement, on a longtemps affirmé que, malade depuis de longues années, Molière s'était nourri de son expérience de patient pour railler la médecine et se venger ainsi de la prétention et de l'incompétence de ceux qui la pratiquent aux dépens de leurs clients.
En réalité, rien ne prouve que Molière se savait malade quand il imagina Le Malade imaginaire6 et il est difficile de dire s'il s'est inspiré de médecins qu'il avait rencontrés pour créer les effrayants – mais très drôles – M. Purgon (médecin d'Argan), le docteur Diafoirus et son fils, et M. Fleurant (l'apothicaire qui prépare leurs potions et les vend – très cher !). En effet, la satire de la médecine à laquelle se livre ici Molière correspond à une tradition comique déjà bien établie à cette époque : nombreuses sont les farces et les pièces de la commedia dell'arte qui mettent en scène des médecins grotesques. Molière lui-même a déjà composé plusieurs œuvres sur ce thème : Le Médecin volant – une de ses premières pièces, dans laquelle un pseudo-médecin abuse de la crédulité de l'homme qui le consulte au sujet de sa fille malade –, L'Amour médecin – comédie-ballet dans laquelle il tourne en ridicule les médecins du roi – et Le Médecin malgré lui – où un bûcheron devient du jour au lendemain un médecin que tout le monde croit sur parole à la seule vue de son habit !
Comme dans ses pièces précédentes, Molière concentre sa critique sur l'arrogance des médecins, qui refusent de reconnaître l'inefficacité, voire la dangerosité de leurs méthodes, sous prétexte qu'ils les ont apprises à l'Université… alors même qu'elles reposent sur des préceptes vieux de près de vingt siècles ! Pour ces médecins, peu importe que le patient succombe, du moment que le protocole, enseigné à l'école – et en latin –, a été respecté à la lettre. Molière dénonce également l'avidité de ces individus : s'ils n'ont aucun scrupule à fournir des remèdes inutiles à leurs patients, c'est qu'ils font payer très cher leurs prestations. Enfin, en mettant en scène ces personnages de médecins ridicules, Molière utilise aussi les ressorts comiques de la scatologie : il n'hésite pas à multiplier les références aux nombreux lavements qu'ils infligent au pauvre Argan – ces traitements qui consistent à injecter de l'eau par l'anus du patient pour purger son corps de toutes ses impuretés supposées, et dont le principal résultat est ici… de l'envoyer sans cesse aux toilettes.