Autre prologue

Le théâtre représente une forêt.

L'ouverture du théâtre se fait par un bruit agréable d'instruments. Ensuite une Bergère vient se plaindre tendrement de ce qu'elle ne trouve aucun remède pour soulager les peines qu'elle endure. Plusieurs Faunes et Ægipans, assemblés pour des fêtes et des jeux qui leur sont particuliers, rencontrent la Bergère. Ils écoutent ses plaintes et forment un spectacle très divertissant.

PLAINTES DE LA BERGÈRE

Votre plus haut savoir n'est que pure chimère1,

    Vains2 et peu sages médecins ;

Vous ne pouvez guérir par vos grands mots latins

    La douleur qui me désespère :

Votre plus haut savoir n'est que pure chimère.

 

    Hélas ! je n'ose découvrir

      Mon amoureux martyre3

    Au Berger pour qui je soupire,

    Et qui seul peut me secourir.

    Ne prétendez pas le finir,

Ignorants médecins, vous ne sauriez le faire :

Votre plus haut savoir n'est que pure chimère.

 

Ces remèdes peu sûrs dont le simple vulgaire4

Croit que vous connaissez l'admirable vertu,

Pour les maux que je sens n'ont rien de salutaire ;

Et tout votre caquet5 ne peut être reçu

    Que d'un Malade imaginaire.

 

Votre plus haut savoir n'est que pure chimère,

    Vains et peu sages médecins ;

Vous ne pouvez guérir par vos grands mots latins

    La douleur qui me désespère :

Votre plus haut savoir n'est que pure chimère.

 

Le théâtre change et représente une chambre.