Second intermède
Le frère du Malade imaginaire lui amène, pour le divertir, plusieurs Égyptiens et Égyptiennes, vêtus en Mores, qui font des danses entremêlées de chansons.
PREMIÈRE FEMME MORE
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Aimable jeunesse ;
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Donnez-vous à la tendresse.
Les plaisirs les plus charmants,
Sans l'amoureuse flamme,
Pour contenter une âme
N'ont point d'attraits assez puissants.
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Aimable jeunesse ;
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Donnez-vous à la tendresse.
Ne perdez point ces précieux moments :
La beauté passe,
Le temps l'efface,
L'âge de glace
Vient à sa place,
Qui nous ôte le goût de ces doux passe-temps.
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Aimable jeunesse ;
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Donnez-vous à la tendresse.
SECONDE FEMME MORE
Quand d'aimer on nous presse
À quoi songez-vous ?
Nos cœurs, dans la jeunesse,
N'ont vers la tendresse
Qu'un penchant trop doux ;
L'amour a pour nous prendre
De si doux attraits
Que de soi1, sans attendre,
On voudrait se rendre
À ses premiers traits2 :
Mais tout ce qu'on écoute
Des vives douleurs
Et des pleurs
Qu'il nous coûte
Fait qu'on en redoute
Toutes les douceurs.
TROISIÈME FEMME MORE
Il est doux, à notre âge,
D'aimer tendrement
Un amant
Qui s'engage :
Mais s'il est volage3,
Hélas ! quel tourment !
QUATRIÈME FEMME MORE
L'amant qui se dégage4
N'est pas le malheur :
La douleur
Et la rage,
C'est que le volage
Garde notre cœur.
SECONDE FEMME MORE
Quel parti faut-il prendre
Pour nos jeunes cœurs ?
QUATRIÈME FEMME MORE
Devons-nous nous y rendre
Malgré ses rigueurs ?
ENSEMBLE
Oui, suivons ses ardeurs,
Ses transports, ses caprices,
Ses douces langueurs ;
S'il a quelques supplices,
Il a cent délices
Qui charment les cœurs.