Médecine et comédie

La médecine au temps de Molière

Dans de nombreuses comédies, Molière dresse un portrait féroce de la médecine de son temps. Celle-ci est très différente de celle que nous connaissons aujourd'hui. Au XVIIe siècle, dans les facultés de médecine, les étudiants apprennent des préceptes qui ont été établis dans l'Antiquité grecque, notamment par Hippocrate (v. 460-v. 370 av. J.-C.), sans les remettre en cause. On leur enseigne ainsi que le corps humain est parcouru par quatre substances fluides, appelées « humeurs » : le sang, le flegme (ou lymphe), la bile jaune et la « bile noire ». La bonne santé provient de l'équilibre de ces quatre substances dans le corps, et la maladie, qu'elle soit physique ou psychologique, de la prédominance de l'une d'elles dans l'organisme. L'humeur trop abondante est dite « peccante » (du verbe latin peccare, qui signifie « être défectueux ») : pour soigner le malade, il faut donc « purger » son corps, c'est-à-dire en extraire l'humeur malsaine. Dans ce but, on peut pratiquer une « saignée » (c'est-à-dire faire s'écouler le sang du patient en ouvrant légèrement ses veines), employer un « émétique » (c'est-à-dire donner au patient un médicament qui le fera vomir), ou encore prescrire au malade un « lavement » (c'est-à-dire lui introduire de l'eau par l'anus pour provoquer les selles et nettoyer les intestins).

Relisez la première scène du Malade imaginaire et répondez aux questions suivantes :

1. Dans la première scène du Malade imaginaire, les traitements donnés à Argan sont-ils fantaisistes ou correspondent-ils à ceux qu'un médecin du XVIIe siècle aurait pu prescrire ?

2. Pourquoi Argan quitte-t-il précipitamment la scène au cours du premier acte ? En quoi son départ est-il lié aux traitements que lui imposent les médecins ?

3. Le nom « Diafoirus » est formé sur deux mots qui évoquent les selles : « diarrhée » et « foire », qui signifie « colique » au XVIIe siècle. De quelle pratique médicale se moque ici Molière ?

4. Quel jeu de mot trouve-t-on dans le nom du médecin d'Argan, Monsieur Purgon ?

Les médecins dans Le Malade imaginaire

Dans Le Malade imaginaire, les médecins et les apothicaires ne sont pas épargnés par Molière : ce sont des personnages qui font rire par leurs nombreux défauts et leur caractère grotesque. Quel trait de caractère appartient plus spécifiquement à chacun d'entre eux ?

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Mettre en scène les médecins de Molière

De nos jours, comment mettre en scène les médecins de Molière ? Doit-on demander aux comédiens d'interpréter leurs personnages dans des costumes d'époque ? Est-il préférable de les revêtir d'habits d'aujourd'hui ? voire de vêtements saugrenus, qui étonneront le spectateur ? Pour vous faire votre idée, nous vous invitons, dans un premier temps, à observer des représentations de médecins datant du XVIIe siècle et, dans un second temps, à comparer les partis pris différents de plusieurs metteurs en scène contemporains sur le sujet.

1. Les médecins au XVIIe siècle – lecture de l'image

Pour répondre aux questions suivantes, observez les trois gravures du XVIIe siècle représentant des médecins (voir le cahier photos, p. 1), puis analysez-les en suivant la démarche indiquée ci-dessous.

Introduction

Présentez les trois œuvres, en indiquant notamment le nom de l'artiste, le titre de l'œuvre et sa date de création.

Description

1. Sur la gravure d'Abraham Bosse, « Le clystère », que voit-on sur la chaise située au premier plan à droite ? De quels vêtements s'agit-il ?

2. Sur la planche représentant « le médecin merdifique », comment est vêtu le médecin ?

3. Sur le frontispice de L'Amour médecin, où se trouve le patient et où se trouvent ses quatre médecins ? Comment peut-on les identifier ?

Interprétation

1. Pourquoi peut-on dire que les costumes des médecins les rendent impressionnants ?

2. Dans la gravure Le Médecin merdifique, en quoi le dessinateur joue-t-il avec le costume de son personnage pour le rendre ridicule ?

Conclusion

Au XVIIe siècle, en quoi les costumes des médecins permettent-ils d'identifier rapidement ces derniers et de les caricaturer ?

2. Les médecins de Molière, au XXe siècle – lecture de l'image

Observez les trois photographies et les deux croquis de costumes reproduits dans le cahier photos (p. 2-3) et analysez-les en suivant la démarche indiquée ci-dessous.

Introduction

Présentez les cinq spectacles dont sont tirées ces photographies, en indiquant le titre des spectacles, leur date de création et le nom de leur metteur en scène.

Description

1. Daniel Sorano emprunte des éléments aux représentations des médecins du XVIIe siècle. Pouvez-vous les repérer ?

2. Grâce à quels éléments de son costume, et à quels accessoires, le médecin mis en scène par Georges Werler apparaît-il comme un personnage contemporain ?

3. Les médecins de L'Amour médecin, imaginés par Jean-Marie Villégier et Jonathan Duverger, ont-ils des costumes réalistes ? Quelle impression donnent-ils ?

4. Décrivez les costumes de médecin choisis par Gildas Bourdet et Claude Stratz.

Interprétation

1. Peut-on dire que chacun des metteurs en scène s'est inspiré des costumes traditionnels des médecins ?

2. Daprès les trois photographies, quels éléments les metteurs en scène ont-ils accentués pour servir la caricature ?

3. Comparez les choix de Gildas Bourdet et Claude Stratz.

4. Quelle est selon vous l'intention des cinq metteurs en scène ? Quels effets chacun d'eux a-t-il cherché à produire sur les spectateurs ?

Conclusion

Quel choix de mise en scène préférez-vous ? Pourquoi ?

Postérité du personnage :
Knock, un Diafoirus du XXe siècle

Les comédies médicales de Molière ont rencontré un grand succès et inspiré bien des dramaturges. Nous vous invitons à découvrir Knock, une pièce écrite par Jules Romain (1885-1972) en 1922, dans laquelle se rencontrent un étrange médecin… et une patiente bien naïve !

Knock a racheté le cabinet du docteur Parpalaid. Mais le village où il est désormais installé compte trop peu de malades à son goût ! Pour augmenter son chiffre d'affaires, il a décidé d'inciter les bien-portants à fréquenter son cabinet : ainsi, il instaure une consultation gratuite un jour par semaine, et invente des maladies de toutes sortes à ceux qui viennent le voir. Dans la scène qui suit, une femme – appelée « la dame en noir » – se laisse peu à peu persuader par Knock qu'elle est réellement malade.

Acte II, scène 4

[…]

KNOCK. – Tirez la langue. Vous ne devez pas avoir beaucoup d'appétit.

LA DAME. – Non.

KNOCK. – Vous êtes constipée.

LA DAME. – Oui.

KNOCK. – Baissez la tête. Respirez. Toussez. Vous n'êtes jamais tombée d'une échelle étant petite ?

LA DAME. – Je ne m'en souviens pas.

KNOCK. – Vous n'avez jamais mal ici le soir en vous couchant ? Une espèce de courbature ?

LA DAME. – Oui, des fois.

KNOCK. – Essayez de vous rappeler. Ça devait être une grande échelle.

LA DAME. – Oui.

KNOCK. – C'était une échelle d'environ trois mètres cinquante, posée contre le mur. Vous êtes tombée à la renverse. C'est la fesse gauche, heureusement, qui a porté.

LA DAME. – Ah oui !

KNOCK. – Vous aviez déjà consulté le docteur Parpalaid ?

LA DAME. – Non, jamais.

KNOCK. – Pourquoi ?

LA DAME. – Il ne donnait pas de consultations gratuites.

KNOCK. – Vous vous rendez compte de votre état ?

LA DAME. – Non.

KNOCK. – Tant mieux. Vous avez envie de guérir, ou vous n'avez pas envie ?

LA DAME. – J'ai envie.

KNOCK. – J'aime mieux vous prévenir tout de suite que ce sera très long et très coûteux.

LA DAME. – Ah ! mon Dieu ! Et pourquoi ça ?

KNOCK. – Parce qu'on ne guérit pas en cinq minutes un mal qu'on traîne depuis quarante ans.

LA DAME. – Depuis quarante ans ?

KNOCK. – Oui, depuis que vous êtes tombée de votre échelle.

LA DAME. – Et combien que ça me coûterait ?

KNOCK. – Qu'est-ce que valent les veaux, actuellement ?

LA DAME. – Ça dépend des marchés et de la grosseur. Mais il faut bien compter deux ou trois mille francs.

KNOCK. – Et les cochons gras ?

LA DAME. – Il y en a qui font plus de mille.

KNOCK. – Eh bien ! ça vous coûtera à peu près deux cochons et deux veaux.

LA DAME. – Ah ! là ! là ! Près de huit mille francs ? C'est une désolation, Jésus Marie !

KNOCK. – Si vous aimez mieux faire un pèlerinage, je ne vous en empêche pas.

LA DAME. – Oh ! un pèlerinage, ça revient cher aussi et ça ne réussit pas souvent. Mais qu'est-ce que je peux donc avoir de si terrible que ça ?

KNOCK. – Je vais vous l'expliquer en une minute.Voici votre moelle épinière, en coupe, très schématiquement, n'est-ce pas ? Vous reconnaissez ici votre faisceau de Türck et ici votre colonne de Clarke1. – Vous me suivez ? Eh bien ! quand vous êtes tombée de l'échelle, votre Türck et votre Clarke ont glissé en sens inverse de quelques dixièmes de millimètre. Vous me direz que c'est très peu. Évidemment. Mais c'est très mal placé. Et puis vous avez ici un tiraillement continu qui s'exerce sur les multipolaires.

LA DAME. – Mon Dieu ! Mon Dieu !

KNOCK. – Remarquez que vous ne mourrez pas du jour au lendemain. Vous pouvez attendre.

LA DAME. – Oh ! là ! là ! J'ai bien eu du malheur de tomber de cette échelle !

Jules Romain, Knock ou le Triomphe de la médecine,
© Gallimard, 1923, rééd. coll. « Folio », 1972.

1. Quelle stratégie Knock utilise-t-il pour persuader sa patiente qu'elle est malade ?

2. Observez les répliques de la patiente : comment ses sentiments évoluent-ils au cours de la scène ?

3. Quels rapprochements pouvez-vous faire entre cette scène et Le Malade imaginaire ?